Tensions géopolitiques : conseils pour un portefeuille résilient

Face à la montée des tensions au Moyen-Orient, les investisseurs doivent décrypter les signaux, distinguer le bruit médiatique des tendances durables, et ajuster leur stratégie sans céder à la panique.

Face à la montée des tensions au Moyen-Orient, les investisseurs doivent décrypter les signaux, distinguer le bruit médiatique des tendances durables, et ajuster leur stratégie sans céder à la panique.
 

Le regain de tension entre Israël et l’Iran, sur fond d’attaque ciblée et de menaces croisées, réactive les réflexes de prudence des investisseurs. Si les marchés financiers ont l’habitude d’absorber ce type de secousses, tous les chocs géopolitiques ne se valent pas. Savoir les analyser et adapter sa stratégie d’allocation devient un enjeu-clé, surtout dans un monde plus instable.
 

Trois canaux d’impact sur l’économie réelle
Les événements géopolitiques impactent les marchés via trois grands canaux :
1. Les matières premières critiques, comme le pétrole ou le gaz. Toute tension au Moyen-Orient peut générer des pics de volatilité sur les cours du Brent, avec des effets en cascade sur les coûts de transport, d’énergie et d’inflation.
2. Les chaînes d’approvisionnement mondiales, déjà fragilisées par la crise sanitaire, peuvent être désorganisées en cas de conflit, d’embargo ou de blocus maritime.
3. La confiance des entreprises et des ménages, qui peut se dégrader, affectant la consommation, l’investissement ou les décisions de politique monétaire.
L’histoire regorge d’exemples : la guerre du Golfe, l’embargo pétrolier de 1973, ou plus récemment la crise russo-ukrainienne ont provoqué des hausses de prix, des tensions sur les devises, et des révisions de politique économique majeures.
 

Tous les chocs ne produisent pas les mêmes effets
Pour autant, il faut éviter les raccourcis. Selon UBS Wealth Management, les marchés actions ont souvent montré une résilience surprenante. Les conflits localisés ou de courte durée entraînent généralement une correction initiale, suivie d’un rebond rapide : ce fut le cas après le 11 septembre 2001 ou lors de la guerre du Golfe en 1991. À l’inverse, un conflit prolongé, ou touchant une ressource vitale, peut ancrer une inflation persistante et perturber l’ensemble de l’économie mondiale.
 

La psychologie de marché joue alors un rôle central. Il ne s’agit pas tant de prévoir la guerre que d’évaluer son degré d’impact structurel : y a-t-il menace sur la croissance ? Sur les taux ? Sur les marges des entreprises ? C’est en croisant ces éléments que les gérants construisent une réponse d’allocation pertinente.
 

Adapter son portefeuille : entre prudence et agilité
La première règle, selon les professionnels, reste la diversification géographique : ne pas concentrer son portefeuille sur une seule zone exposée. Ensuite, il est utile d’intégrer des actifs refuges, comme l’or, le franc suisse, le yen japonais ou les obligations souveraines américaines. Ces actifs protègent contre la volatilité et offrent des points d’ancrage dans la tempête.
 

Mais attention à ne pas tomber dans l’excès de prudence. Une surpondération défensive peut pénaliser la performance à long terme. Certains gérants recommandent des stratégies alternatives : fonds long/short, multi-stratégies, ou produits structurés capables de capituler sur la volatilité plutôt que de la subir.
Certains secteurs sont particulièrement sensibles aux tensions : énergie, armement, infrastructures critiques, cybersécurité, ou encore matières premières agricoles. À l’inverse, les obligations souveraines des pays émergents ou les devises périphériques peuvent être affectées négativement par une perte de confiance ou des fuites de capitaux.
 

Ce qu’il faut retenir ?
En période de tensions géopolitiques, l’important est de garder une lecture rationnelle des risques. L’investisseur de long terme ne doit ni céder à la panique, ni sous-estimer les signaux faibles. Une stratégie pertinente combine convictions structurelles et mécanismes de protection partielle, sans sacrifier l’agilité.
 

Comme le souligne Antoine Fraysse-Soulier (eToro), « la géopolitique ne détruit pas toujours la performance, mais elle en redessine les chemins. » Raison de plus pour suivre ces événements avec attention — sans précipitation.
 

L’Épargne en France : un enjeu de compréhension

Les Français veulent investir mieux, mais ne savent pas par où commencer. Une enquête AFG/Elabe révèle un déficit criant d’éducation financière, qui freine leur engagement en faveur d’une épargne utile, diversifiée… et durable.

Les Français veulent investir mieux, mais ne savent pas par où commencer. Une enquête AFG/Elabe révèle un déficit criant d’éducation financière, qui freine leur engagement en faveur d’une épargne utile, diversifiée… et durable.
 

C’est un paradoxe bien français : alors que la majorité des épargnants souhaitent donner du sens à leur argent, une large part d’entre eux avoue ne pas comprendre les mécanismes de base de l’investissement. Selon une enquête réalisée par l’AFG (Association Française de la Gestion financière) et le cabinet Elabe, près de 70 % des sondés estiment ne pas avoir reçu une éducation financière suffisante pour faire des choix éclairés.
 

Ce déficit de connaissances freine des comportements pourtant pleins de bon sens : stratégies de long terme absentes, diversification quasi inexistante, capital souvent bloqué sur des livrets faiblement rémunérés, désintérêt pour les placements financiers complexes. Résultat : seuls 13 % des Français déclarent appliquer les bons réflexes d’un épargnant averti. Les autres avancent à l’aveugle, souvent influencés par des émotions (peur, prudence) ou des habitudes culturelles (préférence pour la liquidité).
 

Une fracture éducative aux effets durables
Ce manque d’éducation financière n’est pas homogène. Il recoupe des lignes de fracture sociales bien connues : les femmes, les jeunes, les personnes peu diplômées ou aux revenus modestes sont les plus éloignés des mécanismes de placement. De fait, les inégalités patrimoniales s’en trouvent amplifiées. L’accès à l’investissement devient un privilège de ceux qui savent déjà où chercher, quoi comparer, et comment arbitrer.
Pourtant, la volonté est bien là. Deux Français sur trois considèrent que les actions cotées représentent un bon compromis entre risque et rendement à moyen terme. Plus de 60 % souhaitent que leur épargne finance l’économie française ou européenne. Et près de la moitié se dit favorable à une dose de capitalisation pour la retraite. L’intuition financière existe, mais elle reste bridée par l’ignorance des produits disponibles, des mécanismes fiscaux ou des risques mesurés.
 

Une attente de pédagogie, notamment chez les jeunes
L’étude AFG/Elabe pointe une forte appétence pour l’éducation financière, en particulier chez les 18-24 ans. 80 % d’entre eux se déclarent favorables à son intégration dans les programmes scolaires, dès le secondaire. Pour cette génération, plus connectée et plus exposée à l’instabilité économique, comprendre devient une nécessité.
Les formats numériques sont plébiscités : simulateurs, tutoriels, vidéos interactives. L’usage du mobile et des interfaces ludiques devient un levier puissant d’appropriation. La confiance, en revanche, reste l’apanage des conseillers agréés, des banques traditionnelles et des institutions publiques. Les influenceurs et l’intelligence artificielle sont encore perçus comme risqués ou manipulateurs, signe d’un besoin de repères humains et réglementés.
 

Une épargne sous-exploitée, un potentiel immense
L’AFG estime que l’épargne des Français pourrait jouer un rôle bien plus actif dans la transition écologique, le financement des entreprises, ou la préparation à la retraite. Mais cela suppose de décloisonner l’investissement : le rendre plus lisible, plus segmenté, mieux accompagné. Un peu comme on a vulgarisé la nutrition ou la santé publique, il est temps de faire de l’investissement une compétence citoyenne.
 

Des initiatives émergent : simulateurs de portefeuille simplifiés, partenariats entre régulateurs et influenceurs responsables, programmes de sensibilisation dans les lycées. Mais elles restent encore trop éparses. La France est en retard par rapport à des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou les États-Unis, où les jeunes sont bien plus familiarisés avec les notions de placement, d’actionnariat ou de retraite par capitalisation.
 

Ce qu’il faut retenir ?
L’investissement ne doit plus être un univers réservé aux initiés. Le déficit de pédagogie coûte cher : il entretient la peur du risque, bloque l’innovation financière et freine la constitution d’un patrimoine diversifié. Pour l’AFG, le message est clair : rendre l’investissement accessible ne signifie pas le simplifier à l’extrême, mais outiller chaque épargnant, quel que soit son profil.
 

Tant que l’éducation financière restera marginale dans la vie publique, l’épargne populaire ne pourra pas jouer pleinement son rôle. Le grand malentendu français n’est pas un manque de volonté, mais un manque de clés.
 

Épargne retraite : le débat autour de l’imposition du Private Equity

Depuis fin 2024, tout nouveau plan d’épargne retraite en gestion pilotée comporte d’office une part de private equity. Derrière cette réforme technique se cache une question de fond : peut-on contraindre les Français à investir dans des actifs risqués ?

Depuis fin 2024, tout nouveau plan d’épargne retraite en gestion pilotée comporte d’office une part de private equity. Derrière cette réforme technique se cache une question de fond : peut-on contraindre les Français à investir dans des actifs risqués ?
 

Depuis octobre 2024, une mesure passée relativement inaperçue bouleverse discrètement le paysage de l’épargne retraite en France : l’intégration automatique du capital-investissement (private equity) dans les nouveaux plans d’épargne retraite (PER) sous gestion pilotée. Un changement technique en apparence, mais qui amorce une transformation profonde du lien entre épargnants et finance non cotée.
 

Le principe est simple : dès qu’un PER est ouvert en gestion pilotée – le mode par défaut pour la grande majorité des nouveaux souscripteurs – une part de l’épargne est désormais fléchée vers des fonds de private equity, sans que l’épargnant ne doive le demander. L’objectif affiché est double : diversifier les allocations tout en finançant les PME françaises, via des instruments d’investissement à long terme. Mais cette stratégie volontariste suscite un malaise croissant chez de nombreux observateurs.
 

Car le private equity n’est pas un produit comme les autres. Cette classe d’actifs, jusqu’ici réservée à des investisseurs aguerris ou fortunés, présente plusieurs spécificités qui peuvent heurter un grand public non averti : faible liquidité, horizon d’investissement très long (souvent entre 8 et 10 ans), absence de cotation en continu, valorisation discrétionnaire des entreprises non cotées… autant d’éléments qui complexifient la lisibilité de ces produits.
 

Une forme de paternalisme financier
Pour Laurent Chaudeurge, membre du comité d’investissement chez BDL Capital Management, cette réforme revient à faire prendre un risque non consenti à l’épargnant moyen : « C’est une forme de paternalisme financier, justifiée par une intention louable — soutenir les PME — mais dangereuse dans sa mise en œuvre. On impose un choix d’allocation sans en donner les clés de compréhension. »
Le paradoxe est que cette décision arrive à un moment de bascule pour le private equity. Après une décennie d’euphorie, marquée par des taux bas, des valorisations élevées et des levées de fonds records, le secteur est entré dans une phase de transition plus incertaine. Les conditions de sortie (cession ou introduction en Bourse) se sont durcies, les valorisations sont sous pression, et les performances tendent à se normaliser. En clair : on impose aux épargnants d’embarquer sur un navire au moment précis où la mer devient agitée.
 

Entre finance utile et contrainte invisible
Cette réforme soulève aussi une interrogation philosophique : faut-il opposer finance cotée et finance non cotée ? L’idée selon laquelle seule la finance non cotée serait « utile » à l’économie réelle laisse perplexe. Des entreprises cotées comme Hermès, Air Liquide ou Trigano participent activement au financement de l’économie productive, tout en offrant aux épargnants une liquidité quotidienne, une information régulière et une protection réglementaire.
 

L’objectif de diversification est légitime, mais doit-il se faire par la contrainte ? Pour beaucoup, le bon usage du private equity dans l’épargne repose sur un principe fondamental : le consentement éclairé. L’investisseur doit comprendre les caractéristiques de ces placements, pouvoir en mesurer les risques et arbitrer en fonction de ses projets de vie. Or, dans le cas des PER à gestion pilotée, ce choix devient implicite, et presque invisible.
 

Un équilibre à réinventer
Le débat ne fait que commencer. Si l’intention est de flécher davantage l’épargne vers l’économie productive, encore faut-il accompagner cette ambition d’un effort pédagogique fort. La transparence des supports, la lisibilité des frais, et la capacité à sortir partiellement en cas de besoin seront des points cruciaux pour ne pas transformer une innovation stratégique en bombe à retardement sociale.
La réforme du PER, en l’état, confond parfois objectif stratégique et libre arbitre de l’épargnant. Le capital-investissement peut jouer un rôle utile, mais à condition d’être choisi, non imposé.
 

Epargne : Mobiliser 4 800 milliards pour l’Europe

Un rapport de New Financial et Fidelity International dresse une feuille de route pour réorienter l’épargne des Européens vers l’investissement à long terme. Objectif : transformer une épargne dormante en moteur de croissance économique.

Un rapport de New Financial et Fidelity International dresse une feuille de route pour réorienter l’épargne des Européens vers l’investissement à long terme. Objectif : transformer une épargne dormante en moteur de croissance économique.

 

L’Union européenne abrite des citoyens parmi les plus prudents du monde en matière de finances personnelles. Pourtant, cette prudence a un revers : une épargne peu productive, majoritairement placée sur des livrets faiblement rémunérés ou laissée en dépôts bancaires inactifs. En 2023, ces supports concentraient près de 11 000 milliards d’euros, selon un rapport publié le 19 juin 2025 par le think tank New Financial et Fidelity International.

Ce document, intitulé « Concevoir des comptes d’épargne et d’investissement dans l’UE », plaide pour une véritable révolution culturelle et réglementaire. Il propose une feuille de route en dix étapes pour permettre à l’épargne européenne d’alimenter l’économie réelle, via des placements de long terme, plus risqués mais plus productifs. À la clé, jusqu’à 4 800 milliards d’euros mobilisables d’ici 2035.
 

L’Europe épargne, mais n’investit pas

La Commission européenne pousse depuis plusieurs années une initiative nommée Union de l’épargne et de l’investissement (UEI), censée créer un environnement favorable aux placements durables, dans un contexte de transition énergétique et de réindustrialisation. Le rapport de New Financial et Fidelity s’inscrit dans cette dynamique, en soulignant une anomalie persistante : l’épargne de long terme représente seulement 239 % du PIB de l’UE, contre 310 % au Royaume-Uni et 500 % aux États-Unis.

 

Le manque de dispositifs d’investissement incitatifs est pointé du doigt. Peu d’États membres offrent aujourd’hui des comptes dédiés à l’investissement à long terme, à l’image du compte ISK suédois. Lancé en 2012, ce dernier permet d’investir dans des actions, obligations ou ETF, avec une fiscalité favorable. Résultat : en une décennie, les montants investis via l’ISK représentent 29 % du PIB suédois. C’est ce modèle que les auteurs du rapport veulent généraliser, avec une ambition claire : convertir une partie de l’épargne liquide européenne en capital actif.
 

Dix principes pour réinventer l’épargne européenne

Le rapport propose dix recommandations pour bâtir des produits d’épargne long terme efficaces à l’échelle européenne. Ces principes incluent la simplicité d’usage, des avantages fiscaux équitables, des plafonds élevés voire inexistants, la liberté de retrait pour maintenir la confiance, et une ouverture transfrontalière indispensable dans une économie intégrée.

 

Mais au-delà de la technique, le texte insiste sur la nécessité de sensibiliser les citoyens à l’investissement. Il propose la création de comptes d’investissement destinés aux jeunes, un reporting fiscal simplifié, et une stabilité réglementaire pour éviter l’effet yoyo des politiques fiscales.

 

Pour Christian Staub, directeur EMEA chez Fidelity, cette initiative est un levier majeur : « Ce rapport souligne l’urgence de mettre en place des produits d’épargne innovants qui responsabilisent les citoyens et consolident l’avenir financier de l’Europe. » Maximilian Bierbaum, directeur de la recherche chez New Financial, complète : « Les Européens sont d’excellents épargnants, mais pas nécessairement d’excellents investisseurs. Trop de capitaux restent inutilisés sous forme de liquidités. »

 

Dans un contexte de recherche de financements massifs pour la transition écologique, les infrastructures et l’innovation, cette réforme de l’épargne pourrait devenir un levier central. Reste à convaincre les États membres, les institutions financières et les citoyens de changer leurs habitudes.

Le Pacte Dutreil : Au-delà des apparences fiscales

Alors que l’État cherche à combler un déficit de 40 milliards d’euros, un rapport explosif de la Cour des comptes révise à la hausse le coût du pacte Dutreil. L’heure du réexamen politique pourrait sonner.

Alors que l’État cherche à combler un déficit de 40 milliards d’euros, un rapport explosif de la Cour des comptes révise à la hausse le coût du pacte Dutreil. L’heure du réexamen politique pourrait sonner.
 

Le pacte Dutreil, créé en 2003 pour faciliter la transmission d’entreprises familiales, s’apprête à faire son retour dans l’arène budgétaire. Ce dispositif fiscal permet aux dirigeants de transmettre leurs parts en bénéficiant d’une exonération de 75 % des droits de mutation, en échange d’un engagement de conservation des titres sur plusieurs années. Longtemps considéré comme une niche marginale, il pourrait en réalité coûter beaucoup plus cher que prévu.

Une explosion du coût estimé
Selon les informations recueillies auprès de plusieurs sources parlementaires et administratives, le rapport que prépare la Cour des comptes, attendu à l’automne 2025, réévalue fortement la dépense fiscale associée au pacte Dutreil. Alors qu’elle avait été estimée à 800 millions d’euros dans le projet de loi de finances pour 2025, elle pourrait atteindre entre 4 et 5 milliards d’euros par an selon les calculs en cours. Une révision spectaculaire, qui repose sur une nouvelle méthodologie, développée en partenariat avec l’Institut des politiques publiques (IPP).
 

Ce rehaussement est lié à deux phénomènes. D’une part, la difficulté historique de mesurer avec précision le coût réel du dispositif, du fait de l’architecture du système d’information fiscal. Jusqu’ici, l’administration reconnaissait son incapacité à exploiter automatiquement les bases de données des actes notariés. D’autre part, la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024 a déclenché une vague d’anticipation législative. Redoutant une modification du cadre, de nombreux chefs d’entreprise ont accéléré la signature de pactes, parfois sur des montants patrimoniaux très élevés.

Le débat s’annonce intense
Cette nouvelle estimation tombe à un moment sensible. Dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026, plusieurs parlementaires plaident pour une revue complète des dépenses fiscales dites « inefficaces » ou peu évaluées. Le pacte Dutreil, jusque-là protégé par son image de soutien aux PME familiales, pourrait en faire les frais. Le rapport de la Cour contiendra d’ailleurs une évaluation inédite des effets économiques du dispositif, comparant les trajectoires d’entreprises transmises sous pacte Dutreil avec celles ne l’ayant pas utilisé.
 

Pour les défenseurs du mécanisme, cette remise en question est jugée idéologique. Renaud Dutreil, l’ancien ministre à l’origine du texte, rappelait récemment que ce pacte vise à favoriser la stabilité de l’actionnariat familial, le maintien des emplois locaux et l’ancrage territorial des entreprises. À l’inverse, ses détracteurs y voient un outil de transmission patrimoniale inégalitaire, qui bénéficie à une minorité aisée sans garantie d’efficacité économique réelle.
 

Le débat technique s’annonce tout aussi vif. De nombreux fiscalistes interrogent la méthode employée par la Cour : comment évaluer un gain fiscal si l’on ne connaît pas avec certitude les droits qui auraient été dus sans le pacte ? Les experts de Bercy, eux même, pensent qu’il s’agit d’un « travail affreusement compliqué » du fait des limites des systèmes d’enregistrement.
 

L’enjeu dépasse le seul cadre budgétaire. Ce rapport pourrait servir de catalyseur à une réforme profonde, en modifiant les conditions d’éligibilité, la durée des engagements ou encore le niveau de l’exonération. Dans un climat où chaque milliard compte, le pacte Dutreil ne sera plus intouchable.
 

Débuts prometteurs : la France en tête de l’entrepreneuriat

Selon une étude, la France est le pays le moins cher d’Europe pour créer une entreprise. Une attractivité indéniable à l’entrée, mais que freine une fiscalité complexe et des coûts de gestion élevés à moyen terme.

Selon une étude de la néobanque bunq, la France est le pays le moins cher d’Europe pour créer une entreprise. Une attractivité indéniable à l’entrée, mais que freine une fiscalité complexe et des coûts de gestion élevés à moyen terme.
 

Créer une entreprise en France n’a jamais été aussi simple – ni aussi peu coûteux. C’est la principale conclusion d’une étude menée par bunq, la deuxième néobanque européenne, qui compare les frais de création et de gestion d’une société dans dix pays de l’Union européenne. Résultat : la France arrive en tête des pays les plus compétitifs… mais la réalité devient nettement moins avantageuse une fois la société lancée.

Un démarrage ultra-compétitif
Le constat est sans appel : pour lancer une SARL en France, il suffit de débourser 206,86 €, un montant imbattable comparé aux 1 700 € nécessaires en Italie ou aux exigences de capital plus strictes en Allemagne. Cette somme inclut l’inscription au registre du commerce (37,45 €), la publication de l’annonce légale (147 à 171 € selon la région), la déclaration des bénéficiaires effectifs (21,41 €), et le dépôt de capital (à partir de 1 €, même si la pratique recommande 500 €). En clair, sur le papier, la France devient un eldorado pour les créateurs.
 

Cette accessibilité attire non seulement les porteurs de projets locaux, mais aussi une nouvelle génération de nomades numériques ou d’indépendants européens, séduits par une implantation rapide et encadrée. À cela s’ajoute un cadre juridique relativement souple, permettant dès la première année de choisir entre impôt sur le revenu ou impôt sur les sociétés, selon le statut retenu. Des aides comme l’ACRE ou le NACRE complètent l’arsenal.

La fiscalité rattrape vite l’avantage
Mais une fois l’entreprise lancée, l’environnement devient nettement moins favorable. Le taux d’imposition des sociétés s’établit en France à 25 %, contre 12,5 % en Irlande, 21 % au Portugal ou 22 % en Grèce. Même si une réduction à 15 % est possible pour les PME sur leurs premiers 42 500 € de bénéfice imposable, ce mécanisme ne suffit pas à compenser la différence de pression fiscale à plus long terme.
 

Autre point noir : le coût du conseil fiscal. Là où un entrepreneur irlandais peut se faire accompagner pour 750 € les 15 heures, son homologue français devra souvent débourser 3 300 €, selon les estimations fournies par bunq. Un différentiel qui pèse sur les premières années d’activité, et qui incite les créateurs à se tourner vers des montages alternatifs ou des structures étrangères.
 

Pour autant, la France n’est pas condamnée à rester une terre de contrastes. Les auteurs de l’étude soulignent l’existence d’un écosystème administratif de plus en plus digitalisé, d’aides accessibles, et d’un cadre juridique stable, même si parfois jugé complexe. Bianca Zwart, Chief Strategy Officer chez bunq, résume bien cet équilibre : « Il faut du courage pour se lancer, et l’endroit où l’on commence peut faire toute la différence. La France offre de vraies opportunités, mais le chemin reste semé d’embûches. »

Sources : Étude bunq publiée le 19 juin 2025 sur les dix premières économies de l’UE ; données fiscales issues des ministères des Finances nationaux ; comparatif bunq sur les honoraires moyens en fiscalité.
 

Le marché français de la cyber assurance sous tension maîtrisée

L’assurance cyber reste un marché jeune, sensible aux à-coups des sinistres majeurs et à la pression des menaces numériques. Mais en 2024, malgré un contexte géopolitique tendu, l’écosystème français a tenu bon.

L’assurance cyber reste un marché jeune, sensible aux à-coups des sinistres majeurs et à la pression des menaces numériques. Mais en 2024, malgré un contexte géopolitique tendu, l’écosystème français a tenu bon. 

 

C’est le principal enseignement de LUCY 2025, la cinquième édition de l’étude de référence publiée par l’Amrae (Association pour le Management des Risques et des Assurances de l’Entreprise), en partenariat avec douze courtiers, dont les assurtechs Dattak, Stoïk et CyberCover, ainsi que les grands noms du secteur (Aon, Marsh, WTW, etc.).

 

Basée sur des données de marché anonymisées, LUCY (LUmière sur la CYber assurance) offre une photographie précise des pratiques de souscription, de déclaration de sinistres et d’indemnisation dans les entreprises françaises. Une boussole devenue indispensable pour nourrir le dialogue entre assurés et assureurs.
 

Un marché en croissance, mais sous pression

Premier signal positif : le ratio sinistres/primes reste bas, à 17 %, traduisant une sinistralité globalement maîtrisée. Signe d’un marché arrivé à maturité ? Pas si vite. Car si la tarification baisse – jusqu’à -18 % chez les grandes entreprises –, c’est aussi au prix d’une contraction des primes collectées, passées de 328 à 317 M€ en 2024. Autrement dit, les entreprises ont su optimiser leur budget cyber à garanties constantes, voire renforcées.

Mais cette apparente solidité cache une fragilité structurelle. Le retour des sinistres supérieurs à 10 M€ inquiète les acteurs : avec une enveloppe globale encore modeste, deux ou trois sinistres majeurs suffiraient à déséquilibrer l’ensemble du marché.
 

Déclarer n’est plus un tabou

Autre tendance marquante de cette édition : la fin du silence sur les incidents cyber. Les déclarations explosent, en particulier chez les ETI (+117 %) et les PME (+200 %). Les grandes entreprises ne sont pas en reste : 51 d’entre elles ont déclaré au moins un sinistre en 2024, contre seulement 28 un an plus tôt. Un tournant culturel, favorisé par une meilleure prise en main des enjeux assurantiels par les responsables cybersécurité (RSSI), selon le Clusif, et par une approche plus proactive du risque, mise en avant par le Cesin.
 

Des menaces en mutation

Du côté des menaces, l’Anssi a enregistré une hausse de 15 % des événements de sécurité en 2024, avec un pic autour des Jeux Olympiques de Paris. Des attaques souvent à visée d’espionnage, plus qu’économique. Parallèlement, un nouvel enjeu émerge : celui de l’intelligence artificielle, à la fois outil d’attaque et levier de défense. Les entreprises doivent désormais arbitrer entre budget IA et cybersécurité, avec des lignes budgétaires parfois concurrentes.
 

Un marché à surveiller

LUCY 2025 confirme donc une double réalité : le marché français de la cyber assurance progresse, les entreprises s’approprient mieux ses mécanismes, et les sinistres sont mieux maîtrisés. Mais cette relative accalmie pourrait s’avérer fragile face à quelques chocs majeurs, notamment en cas de recrudescence d’attaques destructrices ou de tensions internationales.

 

L’assurance cyber reste un marché à fort potentiel, mais qui marche sur un fil. La prudence reste donc de mise, et le dialogue entre entreprises, courtiers et assureurs, plus crucial que jamais.

La France s’impose dans les États imposant des normes morales en matière de santé, de fiscalité et d’alimentation.

L’Institut économique Molinari publie son classement 2025 des pays européens les plus interventionnistes en matière de comportement individuel.

L’Institut économique Molinari publie son classement 2025 des pays européens les plus interventionnistes en matière de comportement individuel. 

 

Tabac, alcool, sucre : la France progresse à la 11ᵉ place sur 29, confirmant une tendance à encadrer toujours plus fortement les plaisirs jugés « à risques ». Mais cette stratégie soulève des interrogations sur son efficacité… et ses dérives.
 

Des politiques publiques de plus en plus prescriptives
Peut-on vivre librement en France quand il s’agit de boire un verre, fumer une cigarette ou manger sucré ? Selon l’édition 2025 du classement des États moralisateurs, publié début juin par l’Institut Molinari en partenariat avec l’Epicenter, la France est désormais 11ᵉ sur 29 pays européens en matière d’interventionnisme. Elle gagne deux places par rapport à 2023.
 

Ce classement, fondé sur une analyse des taxes, interdictions publicitaires et mesures de restriction en matière de tabac, alcool, nourriture et vapotage, place traditionnellement en tête les pays nordiques (Norvège, Lituanie, Finlande). La France, quant à elle, se distingue par une fiscalité lourde sur le tabac, des projets d’interdiction des puffs, et une régulation croissante de l’alimentation.
 

À titre d’exemple, le prix moyen d’un paquet de cigarettes a franchi les 12 €, et le gouvernement envisage de taxer davantage les boissons sucrées tout en restreignant la publicité pour certains produits alimentaires. Des initiatives souvent justifiées par des objectifs de santé publique, mais dont l’impact réel sur les comportements reste sujet à débat.
 

Les limites de l’efficacité sanitaire
L’étude souligne un point clé : rien ne prouve que les États les plus interventionnistes obtiennent de meilleurs résultats sanitaires. En croisant les données avec l’espérance de vie, l’Institut Molinari montre que la corrélation entre réglementation et santé publique est quasi nulle. En revanche, la richesse reste le principal déterminant : plus un pays est riche, plus ses citoyens vivent longtemps (corrélation R² = 0,49).
 

Autrement dit, au-delà d’un certain seuil, ajouter des taxes et des interdictions ne produit pas d’effet mesurable sur la longévité. Cela peut même avoir des effets pervers : développement de marchés parallèles, contournement des règles, défiance envers les autorités.
 

Le vapotage en est un cas emblématique. Alors que la France suit la Belgique dans l’interdiction des puffs, des voix s’élèvent pour rappeler que la cigarette électronique est reconnue comme moins nocive par de nombreuses autorités médicales. L’Académie nationale de médecine française elle-même estimait en 2022 que le vapotage pouvait être un outil de sevrage utile, sous conditions.
 

Pour Nicolas Marques, directeur de l’Institut Molinari, « on glisse d’une logique de protection vers une logique de contrôle, avec un risque d’infantilisation des citoyens et d’inefficacité à long terme ».
 

Un enjeu budgétaire autant que moral
Derrière les arguments de santé publique, ces mesures ont aussi une portée budgétaire. La fiscalité comportementale est un levier non négligeable pour l’État : le seul tabac rapporte plus de 14 milliards d’euros par an, et les hausses successives ont un effet mécanique sur les recettes.
 

Mais cette stratégie se heurte à une limite : le rendement décroît à mesure que les produits deviennent inaccessibles ou que la consommation se déplace vers le marché parallèle. C’est déjà le cas pour le tabac, dont une part importante est aujourd’hui achetée à l’étranger ou contrefaite. En voulant trop contraindre, l’État risque donc de perdre le contrôle du marché… et la confiance des citoyens.
 

En toile de fond, une question plus large se dessine : jusqu’où l’État doit-il aller pour préserver la santé publique sans verser dans un paternalisme moral ? En l’absence de consensus scientifique fort, la prudence devrait rester la règle. Mais en France, la logique du « toujours plus de règles » semble difficile à enrayer.
 

Épargne : les Français misent sur la prudence… et sur leur retraite

L’édition 2025 du baromètre Ifop pour Altaprofits confirme une tendance forte : les Français continuent à épargner régulièrement, mais restent frileux face au risque. Le Plan Épargne Retraite progresse, les écarts entre hommes et femmes persistent, et les dynamiques régionales révèlent un pays encore divisé sur sa culture financière.

L’édition 2025 du baromètre Ifop pour Altaprofits confirme une tendance forte : les Français continuent à épargner régulièrement, mais restent frileux face au risque. Le Plan Épargne Retraite progresse, les écarts entre hommes et femmes persistent, et les dynamiques régionales révèlent un pays encore divisé sur sa culture financière.
 

Une épargne régulière, mais très défensive
L’image d’un Français prévoyant se confirme encore cette année : 83 % déclarent épargner régulièrement, un chiffre stable malgré les tensions inflationnistes et géopolitiques. Mais cette épargne reste majoritairement prudente : 73 % privilégient les placements sans risque, comme le Livret A ou les fonds en euros. Seuls 4 % des sondés acceptent un niveau de risque élevé pour espérer de meilleurs rendements.
 

Ce comportement s’explique par une méfiance persistante envers les marchés financiers, nourrie par la volatilité post-Covid, les conflits internationaux et les incertitudes monétaires. Le souvenir de la crise de 2008 est encore présent, et les épargnants préfèrent la liquidité immédiate à une performance future incertaine.
 

« Il existe un vrai besoin de pédagogie financière, surtout dans les classes moyennes et chez les jeunes actifs », analyse Raphaël Leclercq, directeur général d’Altaprofits. Le risque n’est pas seulement économique, il est aussi culturel. En France, contrairement aux États-Unis, la sécurité du capital est souvent perçue comme prioritaire sur la croissance à long terme.
 

Le Plan Épargne Retraite poursuit son ascension
L’un des faits marquants du baromètre 2025 est la progression continue du Plan Épargne Retraite (PER). Désormais, 19 % des sondés y ont souscrit, contre 14 % un an plus tôt. Parmi les actifs, 53 % se disent intéressés par ce dispositif qui permet de déduire les versements de son revenu imposable tout en préparant l’avenir.
 

Le succès du PER repose sur deux ressorts :
– une carotte fiscale immédiate, bienvenue en période de pression budgétaire,
– et une prise de conscience croissante de la fragilité du système par répartition.
En effet, seuls 28 % des Français disent encore faire confiance au système de retraite public, un chiffre en chute libre (-11 pts sur un an). La réforme de 2023 et l’instabilité politique qui l’a suivie ont ancré l’idée qu’il faut prendre en main sa retraite, comme on prendrait en main un bien immobilier.
 

Le PER s’impose donc peu à peu comme une nouvelle norme patrimoniale, notamment pour les indépendants, les professions libérales, et les cadres fortement imposés. Son développement constitue un virage stratégique pour l’assurance-vie, qui doit désormais composer avec ce concurrent plus fléché et plus lisible.
 

Femmes, régions, âges : des lignes de fracture persistantes
Le baromètre met aussi en lumière des écarts structurels dans les comportements d’épargne. Les femmes restent plus prudentes : 76 % privilégient les placements garantis, contre 70 % des hommes. Une différence qui tient à la fois à une moindre exposition historique aux produits financiers risqués et à une culture du risque différente, que les acteurs de la gestion patrimoniale cherchent à corriger.
 

Les régions présentent elles aussi des contrastes saisissants. L’Île-de-France se distingue par une part plus élevée d’investisseurs en assurance vie, SCPI ou marchés financiers. À l’inverse, la Normandie, le Centre-Val de Loire ou la Nouvelle-Aquitaine restent attachées aux produits d’épargne réglementée. L’effet pouvoir d’achat, combiné au poids des conseillers traditionnels, explique en partie ces écarts.
 

Enfin, le comportement des jeunes évolue : les moins de 35 ans sont plus nombreux à vouloir épargner « pour acheter un bien immobilier », tandis que les plus de 50 ans visent avant tout la transmission ou la retraite. Deux logiques différentes qui cohabitent dans un paysage patrimonial en mutation.
 

Les stratégies d’investissement en Private Equity face à l’instabilité géopolitique

Alors que le retour des blocs géopolitiques et l’incertitude mondiale remettent en cause la mondialisation classique, les investisseurs du non-coté réévaluent leurs stratégies. Sectors cibles, méthodes d’allocation, profil des cibles : tour d’horizon des grandes mutations du Private Equity en 2025.

Alors que le retour des blocs géopolitiques et l’incertitude mondiale remettent en cause la mondialisation classique, les investisseurs du non-coté réévaluent leurs stratégies. Sectors cibles, méthodes d’allocation, profil des cibles : tour d’horizon des grandes mutations du Private Equity en 2025.
 

De la mondialisation fluide à l’instabilité permanente
Le Private Equity est un métier qui parie sur le long terme, l’anticipation et la prévisibilité des cycles. Mais depuis la pandémie, suivie de la guerre en Ukraine, et désormais du retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les règles du jeu se brouillent. L’instabilité politique, la montée du protectionnisme et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement redéfinissent la donne.
 

« On est passé d’un monde globalisé à un univers d’archipels économiques », résume Paul Moreno Blosseville, managing partner d’Opale Capital. La tendance est claire : les fonds réduisent leur exposition aux entreprises dépendantes de l’export, du dollar ou d’un acteur unique, comme la Chine. La nouvelle règle ? Miser sur des modèles résilients, locaux et agiles, capables d’encaisser les chocs.
 

Selon l’étude 2025 du cabinet Bain & Company, la part des deals transfrontaliers a chuté de 30 % en 3 ans, au profit d’un retour en force des opérations domestiques. Le tout sur fond de ralentissement des levées de fonds, avec des LPs plus sélectifs et des GP contraints de justifier leur thèse d’investissement.
 

Des performances en baisse, mais des opportunités à saisir
Côté performance, l’heure n’est plus aux distributions records. Le baisse des multiples et la contraction du crédit grèvent les rendements. Les fonds misent désormais sur des sorties opportunistes (revente d’actifs vieillissants à prix bradé) et des opérations « club deals » plus agiles.
 

Mais certains segments tirent leur épingle du jeu. En tête : la cybersécurité, la transition énergétique, les logiciels B2B ou les acteurs de santé tech, qui offrent des marges protégées et une demande structurelle. « Nous privilégions les cibles locales avec des positions de niche, peu sensibles aux taux et indépendantes du commerce international », précise le gérant d’un fonds mid-market français.
 

La prudence reste toutefois de mise. D’après PitchBook, les valorisations sont en baisse de 15 à 20 % sur la plupart des segments depuis 2022. Les fonds qui disposent de cash à déployer voient dans cette période un « moment de vérité » : seuls les acteurs capables d’accompagner les entreprises en profondeur tireront leur épingle du jeu.
 

Vers un Private Equity antifragile
La nouvelle norme, c’est la résilience. Là où le Private Equity cherchait autrefois la croissance pure, il valorise désormais l’adaptabilité, la maîtrise des coûts, l’autonomie stratégique. Cela implique aussi une montée en compétences des équipes opérationnelles et une proximité renforcée avec les dirigeants.
 

La chaîne de valeur du PE évolue elle aussi. Le recours aux technologies de pilotage en temps réel (ERP, BI, ESG metrics), le ciblage de niches peu concurrentielles et le soutien à l’export hors États-Unis deviennent des éléments différenciants. En parallèle, les fonds spécialisés ou sectoriels séduisent par leur connaissance fine des risques et leviers sectoriels.
 

Dans un monde où la géopolitique pèse autant que les taux directeurs, le Private Equity cherche un nouveau souffle. Moins flamboyant, plus technique, plus ancré dans les réalités industrielles. Un retour aux fondamentaux qui pourrait, à terme, réconcilier performance et prudence.