J.P. Morgan Asset Management chiffre à 394 milliards d’euros l’écart de valorisation entre ce que les ménages ont versé sur leurs livrets depuis 2020 et ce que les mêmes sommes auraient valu sur les marchés actions. Un calcul qui dit surtout combien le coût de la sécurité reste invisible pour ceux qui la choisissent.
J.P. Morgan Asset Management chiffre à 394 milliards d’euros l’écart de valorisation entre ce que les ménages ont versé sur leurs livrets depuis 2020 et ce que les mêmes sommes auraient valu sur les marchés actions. Un calcul qui dit surtout combien le coût de la sécurité reste invisible pour ceux qui la choisissent.
475 milliards d’euros. C’est ce que les ménages français ont placé sur leurs comptes, leurs livrets et les produits assimilés depuis le début de l’année 2020. Sur un Livret A, ces 475 milliards en valent aujourd’hui 527. Investis sur les marchés actions mondiaux, ils en vaudraient 921. La différence, 394 milliards d’euros en six ans, est le chiffre que J.P. Morgan Asset Management a mis en tête de l’étude publiée le 16 septembre, « De l’épargnant à l’investisseur : une opportunité pour la France ».
Le calcul repose sur les rendements observés entre janvier 2020 et décembre 2025, avec l’indice MSCI All Country World Index pour les actions mondiales et les données de l’OCDE pour l’épargne liquide. Il accompagne un sondage réalisé par Opinium auprès de 2 000 Français de 18 à 65 ans dans la seconde moitié de juillet, volet national d’une enquête européenne menée auprès de 17 000 adultes dans neuf pays.
Le point de départ n’est pas un défaut d’épargne. Les ménages français mettent de côté 18 % de leur revenu disponible, contre 15 % pour l’ensemble de l’Europe et 3 % aux États-Unis. C’est l’affectation qui pose question. Les comptes, livrets et dépôts pèsent près d’un tiers du patrimoine financier des ménages, et 44 % de cette poche dort sur des produits réglementés comme le Livret A ou le LDDS (livret de développement durable et solidaire). En ajoutant les fonds en euros à capital garanti de l’assurance vie, 48 % du patrimoine financier des Français se trouve sur des supports à faible rendement. L’exposition aux actions, directe et via les fonds, plafonne à 10 %, et monte à 17 % seulement en intégrant les unités de compte.
Cent euros en 2020, quatre-vingt-seize euros en 2025
L’inflation fait le reste du travail. Cent euros déposés sur un Livret A au début de 2020 en valaient 111 à la fin de 2025 en valeur faciale, mais 96 une fois le pouvoir d’achat pris en compte. Les mêmes cent euros placés sur les marchés actions internationaux en valaient 194 en nominal et 168 en réel. L’épargnant prudent n’a pas seulement gagné moins : il a perdu.
La cause tient d’abord à la perception du risque. Près d’un tiers des personnes interrogées cite la peur de perdre de l’argent comme premier frein à l’investissement en actions. Mais 42 % répondent autre chose, et cette réponse est plus embarrassante : ils n’ont jamais envisagé d’investir, ou ne savent pas comment s’y prendre. Interrogés sur le placement qui rapporte le plus à long terme, les Français citent en tête les comptes et livrets d’épargne, à 26 %. Les actions arrivent loin derrière, à 12 %.
Une confiance qui ne repose sur rien
Le décalage se creuse encore quand on parle de retraite. Près des deux tiers des sondés se disent au moins assez confiants dans leur capacité à tenir le niveau de vie qu’ils souhaitent une fois retirés, une proportion supérieure à la moyenne européenne. Plus de 70 % se jugent capables de prendre seuls leurs décisions d’investissement. Dans le même temps, 22 % disposent d’un plan d’épargne précis pour y parvenir et près d’un quart n’y a pas encore réfléchi. Chez les 46-61 ans, ceux qui n’ont plus vingt ans devant eux, ils sont encore 24 % à n’avoir rien construit.
Quand plan il y a, il reste logé au même endroit. Vingt-sept pour cent des sondés épargnent dans un dispositif individuel de retraite, 14 % dans un dispositif d’entreprise. L’assurance vie représente 85 % de cette épargne retraite individuelle, et les fonds en euros y pèsent encore 72 % des encours, pour un rendement moyen proche de 2,5 % ces dernières années.
L’immobilier occupe l’autre moitié du raisonnement. Il pèse 58 % du patrimoine total des ménages français, contre 55 % en Belgique et 50 % au Royaume-Uni. Un quart des personnes interrogées le désignent comme la classe d’actifs la plus rentable à long terme, et 60 % anticipent sur les vingt prochaines années une hausse des prix résidentiels supérieure à celle des vingt dernières. Cette conviction, rarement discutée, ajoute un pari directionnel sur un seul marché à une épargne financière déjà peu diversifiée.
« L’enjeu n’est évidemment pas de remettre en cause l’épargne de précaution, mais d’aider les épargnants à mieux diversifier leur patrimoine et à faire travailler davantage leur épargne de long terme », résume Lilia Peytavin, stratégiste des marchés mondiaux chez J.P. Morgan Asset Management.
Le calendrier a son ironie. Le même mois, Janus Henderson publiait son rapport trimestriel sur les dividendes mondiaux : 757,8 milliards de dollars versés au deuxième trimestre 2026, en croissance sous-jacente de 7,3 %. La France y figure au premier rang européen avec 70,4 milliards de dollars distribués, devant l’Allemagne et ses 51,3 milliards. Les entreprises que les épargnants français ne détiennent pas payent bien.
