La BCE tient bon pour une stabilité attentive

À l’issue de sa réunion de politique monétaire, la Banque centrale européenne (BCE) a choisi de ne rien modifier à sa stratégie. Portée par une croissance plus robuste que prévu et une inflation convergeant vers son objectif de 2 %, l’institution de Francfort affiche un certain confort, tout en rappelant qu’elle reste attentive aux nombreux risques qui planent sur l’économie de la zone euro.

À l’issue de sa réunion de politique monétaire, la Banque centrale européenne (BCE) a choisi de ne rien modifier à sa stratégie. Portée par une croissance plus robuste que prévu et une inflation convergeant vers son objectif de 2 %, l’institution de Francfort affiche un certain confort, tout en rappelant qu’elle reste attentive aux nombreux risques qui planent sur l’économie de la zone euro.

Une économie plus robuste, mais sous surveillance
La décision de statu quo de la BCE n’a surpris personne. Après plusieurs mois de ralentissement redouté, la zone euro fait preuve d’une résilience inattendue. La croissance s’est révélée plus vigoureuse que les prévisions initiales, portée par une demande intérieure relativement solide et par un marché de l’emploi en excellente santé. Le chômage se maintient à des niveaux historiquement bas, confirmant le rôle stabilisateur de la politique monétaire mise en place depuis 2024.
 

Côté inflation, le constat est tout aussi encourageant. Les projections convergent désormais vers la cible de 2 %, l’institution allant jusqu’à évoquer la fin du processus de désinflation. Un signal qui rassure les marchés et conforte la crédibilité de la BCE après des années marquées par des pics inflationnistes liés à la crise énergétique.
 

Pour autant, Christine Lagarde et son Conseil des gouverneurs ne sombrent pas dans l’autosatisfaction. L’équilibre reste fragile : la dépréciation de l’euro, la dynamique salariale en hausse et les plans de relance budgétaire de certains États membres pourraient relancer des tensions sur les prix dans les prochains mois. « Les risques sur l’inflation sont plus équilibrés », a rappelé la BCE, une formule qui traduit la prudence et la volonté de ne pas désarmer trop vite.

Des incertitudes commerciales et politiques persistantes
Au-delà des chiffres macroéconomiques, plusieurs nuages continuent de planer sur l’horizon européen. Sur le front commercial, si les tensions liées aux droits de douane se sont stabilisées, les différends sur l’acier, l’aluminium ou la fiscalité numérique constituent encore des risques latents. Un regain de protectionnisme pourrait rapidement fragiliser l’équilibre actuel et peser sur la croissance.
 

La sphère politique demeure également un facteur d’instabilité. Les récents événements en France rappellent que les tensions sociales et budgétaires peuvent se traduire par une remontée des taux souverains, équivalant de facto à un resserrement monétaire non désiré. Dans un tel scénario, la BCE pourrait se retrouver contrainte d’adapter sa stratégie, au risque de brouiller son message de stabilité.
 

Malgré ces incertitudes, le sentiment dominant à Francfort est celui d’un devoir accompli. La BCE a su traverser sans encombre les turbulences des derniers trimestres, conservant une crédibilité intacte. Dans un monde où le libre-échange vacille, où la Fed voit son indépendance questionnée et où la géopolitique perturbe les équilibres économiques, la zone euro peut se targuer de disposer d’une banque centrale solide et respectée.

La BCE a choisi de maintenir le cap, consciente que sa mission est loin d’être achevée. Si la stabilité monétaire semble de retour, l’institution devra rester vigilante pour éviter que la reprise européenne ne soit compromise par les aléas commerciaux et politiques.
 

Source : BCE, conférence de presse du Conseil des gouverneurs, analyse de Raphaël Thuin (Tikehau Capital).
 

Le crédit revient sur le devant de la scène obligataire

Après des années dominées par les actions, le marché obligataire regagne en 2025 ses galons d’actif incontournable. Le resserrement des primes de risque, des rendements redevenus attractifs et des taux de défaut contenus incitent les investisseurs à réallouer massivement vers le crédit, en particulier en Europe.

Après des années dominées par les actions, le marché obligataire regagne en 2025 ses galons d’actif incontournable. Le resserrement des primes de risque, des rendements redevenus attractifs et des taux de défaut contenus incitent les investisseurs à réallouer massivement vers le crédit, en particulier en Europe.

Des spreads en forte compression
Les chiffres sont parlants : entre fin 2024 et septembre 2025, les primes de risque se sont nettement réduites sur l’ensemble des segments obligataires. En zone euro, l’Investment Grade (IG) est passé de 101 à 83 points de base, tandis que le High Yield (HY) s’est resserré de 328 à 294 pb. Même tendance aux États-Unis, avec des spreads IG de 82 à 79 pb et HY de 292 à 283 pb.
 

Les dettes subordonnées financières et les titres hybrides d’entreprise affichent également des contractions spectaculaires : -23 pb et -21 pb respectivement. Quant aux AT1 bancaires en euros, ils enregistrent une baisse de près de 60 pb. Cette dynamique témoigne de la confiance retrouvée des investisseurs et de la perception d’un risque de crédit mieux maîtrisé.
 

Le marché primaire illustre cet engouement : les émissions obligataires trouvent preneurs rapidement, les investisseurs étant en quête de rendement dans un environnement de baisse graduelle des taux directeurs. Le crédit apparaît comme une alternative attractive face à des marchés actions chers et volatils.

Rendement attractif, défauts contenus
La remontée des taux des banques centrales entre 2022 et 2023 a permis de reconstituer des niveaux de rendement désormais jugés compétitifs. En 2025, les obligations IG offrent des coupons supérieurs à 3 %, tandis que certaines émissions HY dépassent 6 %, avec un profil de risque jugé acceptable.
 

Du côté des fondamentaux, les entreprises européennes affichent une résilience notable. Le taux de défaut reste en ligne avec la moyenne de long terme, autour de 3 %, loin des pics observés lors des grandes crises financières. Les bilans d’entreprise, globalement assainis depuis la pandémie, bénéficient d’une structure de dette plus allongée et d’un refinancement facilité par les politiques monétaires accommodantes.
 

Pour les investisseurs institutionnels, le crédit redevient une source de portage crédible dans les allocations, notamment pour les fonds de pension et les assureurs, friands de rendement récurrent et de diversification. Les segments les plus recherchés restent les subordonnées financières et l’IG corporate, perçus comme offrant le meilleur compromis risque/rendement.

2025 marque le grand retour de l’obligataire dans les portefeuilles. Le resserrement des spreads et le maintien de taux de défaut contenus offrent une fenêtre d’investissement favorable. Mais ce regain d’intérêt dépendra de la capacité des entreprises à préserver leurs marges dans un environnement économique incertain et d’une trajectoire monétaire qui reste tributaire de l’inflation.

 

Secteur bancaire : Une force malgré la turbulence de la Bourse

Après une année 2024 marquée par les incertitudes macroéconomiques et monétaires, le secteur bancaire européen aborde 2025 avec une assise financière renforcée. Les fondamentaux, qu’il s’agisse des bilans, des ratios de solvabilité ou de la qualité des actifs, apparaissent solides. En parallèle, le marché obligataire offre un terrain favorable aux établissements, qui profitent de la demande des investisseurs en quête de rendement.

Après une année 2024 marquée par les incertitudes macroéconomiques et monétaires, le secteur bancaire européen aborde 2025 avec une assise financière renforcée. Les fondamentaux, qu’il s’agisse des bilans, des ratios de solvabilité ou de la qualité des actifs, apparaissent solides. En parallèle, le marché obligataire offre un terrain favorable aux établissements, qui profitent de la demande des investisseurs en quête de rendement.

Des primes de risque en net resserrement
Le resserrement spectaculaire des spreads de crédit sur les dettes bancaires illustre la confiance retrouvée des investisseurs. Entre décembre 2024 et septembre 2025, les primes de risque des dettes subordonnées financières investment grade sont passées de 145 à 122 points de base, et celles des titres hybrides AT1 en euros de 358 à 299 points de base. 

 

Même tendance sur le marché high yield, où les écarts se sont contractés de près de 30 points.
Ce mouvement reflète une double dynamique : d’une part, la baisse des anticipations de défaut sur le secteur bancaire, d’autre part, l’appétit des investisseurs pour des rendements attractifs dans un contexte de normalisation des politiques monétaires. Les obligations bancaires apparaissent ainsi comme un point d’équilibre entre rendement et sécurité perçue.
 

La solidité des établissements européens est confirmée par des bilans assainis au cours de la dernière décennie, marquée par les stress tests de la BCE et des exigences réglementaires renforcées (Bâle III et bientôt Bâle IV). Les ratios CET1 des grandes banques dépassent désormais 13 % en moyenne, bien au-delà des seuils minimaux, ce qui offre un matelas confortable face aux éventuels chocs.

Rentabilité et nouveaux défis
Pour autant, le secteur ne navigue pas sans défis. La pression sur les marges s’accentue avec la baisse des taux initiée en juin 2024 par la BCE, qui réduit progressivement l’avantage que les banques tiraient de la hausse précédente des taux d’intérêt. Dans ce contexte, la diversification des sources de revenus, notamment via la gestion d’actifs, l’assurance ou la banque de détail digitale, devient un impératif stratégique.
 

Les défis technologiques sont également au cœur des priorités. La montée en puissance de l’intelligence artificielle et des fintechs oblige les grands groupes à accélérer leurs investissements dans l’innovation et la cybersécurité. Les banques doivent arbitrer entre la recherche de rentabilité à court terme et la nécessité de financer des transformations structurelles, notamment dans les services numériques.
 

Enfin, le secteur reste exposé aux risques macroéconomiques : ralentissement de la croissance en zone euro, fragilité de l’immobilier commercial, tensions géopolitiques susceptibles d’affecter la liquidité des marchés. Mais la tendance actuelle montre une résilience notable, appuyée par la confiance des marchés de capitaux et la discipline financière des établissements.
 

Les banques européennes abordent 2025 en meilleure posture qu’au cours des précédentes périodes de stress. Leur solidité financière, alliée à un marché obligataire redevenu favorable, constitue un atout majeur. Mais leur capacité à préserver leurs marges et à innover sera déterminante pour maintenir la confiance à long terme.
 

Sources : Lazard Frères Gestion
 

Pourquoi les riches quittent-ils la France ? L’impact de la fiscalité

La fuite des contribuables fortunés est un sujet récurrent du débat public français. Mais que disent réellement les chiffres ? Une étude du Conseil d’analyse économique (CAE) apporte des données empiriques : l’impact de la fiscalité sur les départs existe, mais reste limité. Au-delà des exils médiatisés, c’est surtout l’optimisation fiscale qui détermine la gestion des patrimoines.

La fuite des contribuables fortunés est un sujet récurrent du débat public français. Mais que disent réellement les chiffres ? Une étude du Conseil d’analyse économique (CAE) apporte des données empiriques : l’impact de la fiscalité sur les départs existe, mais reste limité. Au-delà des exils médiatisés, c’est surtout l’optimisation fiscale qui détermine la gestion des patrimoines.
 

Des départs réels mais marginaux
L’idée que les hausses d’impôts provoquent une hémorragie fiscale est tenace. Les données analysées par le CAE (auteurs : Laurent Bach, Antoine Bozio, Nicolas Grimprel, Arthur Guillouzouic, Camille Landais et Clément Malgouyres) montrent pourtant une réalité bien plus mesurée.
En 2013, la suppression du prélèvement forfaitaire libératoire (PFL) sur les revenus du capital s’est traduite par une augmentation des départs nets du top 1 % des contribuables concernés, passant de 0,04 à 0,09 point. À l’inverse, la suppression de l’ISF en 2017 et la mise en place du prélèvement forfaitaire unique (PFU) en 2018 ont réduit ces départs de 0,01 à 0,07 point.
 

Ces variations, réelles, restent modestes en volume absolu. Elles concernent moins de 350 foyers fiscaux par an, sur un total d’environ 385 000 appartenant au top 1 %. Un chiffre qui relativise largement l’idée d’un exil massif.
 

L’ombre portée de l’optimisation fiscale
Si les départs sont limités, leurs conséquences sur les entreprises ne sont pas nulles. Lorsqu’un actionnaire important s’exile, la société peut enregistrer une baisse moyenne de 15 % de son chiffre d’affaires, de 30,6 % de sa masse salariale et de 24,3 % de sa valeur ajoutée. Ces chocs sont toutefois en partie compensés par des réallocations : rachat d’entreprises, ajustements sur le marché du travail, nouveaux investisseurs.
 

À l’échelle macroéconomique, l’effet net reste faible. Le CAE estime qu’une hausse de 4 milliards d’euros de la fiscalité sur le top 1 % des revenus du capital se traduirait par une réduction de seulement 0,05 % de la valeur ajoutée nationale.
 

Le vrai sujet réside ailleurs : dans la marge intensive. Autrement dit, dans la façon dont les ménages fortunés adaptent leurs comportements sans quitter le territoire. Optimisation fiscale, arbitrages d’épargne, stratégies patrimoniales sophistiquées… Ces ajustements ont un impact bien plus massif que les départs eux-mêmes.
Le débat sur l’exil fiscal ne saurait donc occulter cette réalité : ce sont moins les contribuables qui partent que les revenus qui s’évaporent dans les méandres de l’ingénierie fiscale.
 

Source : Focus du Conseil d’analyse économique, 2025

 

L’Or : un refuge sûr ou une illusion dangereuse ?

Le 2 septembre 2025, l’once d’or a battu un nouveau record à 3 501 dollars. Depuis janvier, le métal jaune a déjà progressé de plus de 30 %, et de 40 % sur un an. Symbole d’un monde en tension, l’or attire autant les banques centrales que les particuliers, mais sa flambée interroge sur sa soutenabilité et son rôle réel dans une stratégie patrimoniale

Le 2 septembre 2025, l’once d’or a battu un nouveau record à 3 501 dollars. Depuis janvier, le métal jaune a déjà progressé de plus de 30 %, et de 40 % sur un an. Symbole d’un monde en tension, l’or attire autant les banques centrales que les particuliers, mais sa flambée interroge sur sa soutenabilité et son rôle réel dans une stratégie patrimoniale.
 

Un métal dopé par la défiance
Depuis plusieurs mois, les marchés sont ballottés par un cocktail explosif : incertitudes monétaires, tensions géopolitiques et défiance vis-à-vis du dollar. La Réserve fédérale américaine (Fed) est attendue sur une baisse de ses taux directeurs en septembre. Cette perspective réduit mécaniquement l’attrait des placements en dollars et pousse les investisseurs vers des valeurs refuges, au premier rang desquelles figure l’or.
 

À ce facteur monétaire s’ajoute un élément politique inédit : les pressions de Donald Trump sur la Fed. Le président américain a publiquement manifesté son souhait de révoquer Lisa Cook, gouverneure de la banque centrale, une initiative qui ébranle l’indépendance d’une institution clé. Cette politisation alimente un climat de défiance qui profite directement au métal jaune.
 

Dans le même temps, les crises géopolitiques perdurent. La guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient et les surenchères commerciales autour des droits de douane nourrissent un sentiment d’instabilité globale. L’or, valeur refuge historique, bénéficie ainsi d’un regain d’intérêt massif.
 

Banques centrales et particuliers au rendez-vous
Les banques centrales, notamment celles des pays émergents, jouent un rôle majeur dans cette dynamique. Entre 2022 et 2024, elles ont acquis plus de 1 000 tonnes d’or, un volume record destiné à diversifier leurs réserves et à réduire leur exposition au dollar. Sur le premier semestre 2025, leurs achats ont déjà dépassé 400 tonnes, confirmant une tendance structurelle.
 

Du côté des particuliers, la demande est également soutenue. En Chine, la crise immobilière a détourné une partie de l’épargne des ménages vers l’or, sous forme de lingots, de pièces ou encore d’ETF. Cette ruée traduit une double motivation : la recherche de sécurité face aux turbulences économiques et la préparation de l’avenir, notamment la retraite.
 

Pourtant, cette course à l’or n’est pas sans risque. Historiquement, les phases de correction ont pu durer plusieurs décennies. En dollars constants, il a fallu attendre 2010 pour que l’or retrouve le sommet atteint en 1980. Surtout, le métal précieux ne produit ni intérêts ni dividendes : son rendement repose uniquement sur l’évolution de son prix.
 

L’or apparaît donc moins comme un placement générateur de revenus que comme un outil de diversification patrimoniale, destiné à amortir les chocs systémiques. Une assurance en quelque sorte, mais qui peut coûter cher si le marché corrige.
 

Sources : Philippe Crevel, Cercle de l’Épargne, septembre 2025
 

2025 : fin de la hausse des crédits immobiliers

Après deux années de hausse brutale des taux et une décrue en 2024, le marché du crédit immobilier retrouve un point d’équilibre en 2025. Les taux se stabilisent autour de 3,20 % sur 20 ans, un niveau jugé « normal », redonnant confiance aux ménages et dynamisant la production de prêts.

Après deux années de hausse brutale des taux et une décrue en 2024, le marché du crédit immobilier retrouve un point d’équilibre en 2025. Les taux se stabilisent autour de 3,20 % sur 20 ans, un niveau jugé « normal », redonnant confiance aux ménages et dynamisant la production de prêts.

Des taux revenus à un niveau « normal »
Après la tempête, le calme. Entre 2022 et 2023, les taux de crédit immobilier avaient connu une envolée inédite, avant de refluer en 2024 sous l’effet des premières baisses de taux de la Banque centrale européenne (BCE). Depuis janvier 2025, ils se sont installés autour de 3,20 % sur 20 ans.
 

« La BCE a largement participé à cette détente en abaissant ses taux directeurs à huit reprises depuis 2024 », souligne Caroline Arnould, directrice générale de CAFPI. Le recul de l’inflation, tombée à 0,9 % en juin sur un an, permet pour l’instant d’écarter tout risque de remontée à court terme. Résultat : les banques, stimulées par une forte concurrence, se livrent bataille pour capter de nouveaux clients, certaines proposant même des taux sous les 3 % aux meilleurs profils.
 

Cette stabilisation est perçue comme un retour à la normale, après plusieurs années de volatilité extrême. Elle rassure les acquéreurs, qui peuvent de nouveau se projeter, et redonne de la visibilité aux professionnels du marché.

Une dynamique retrouvée chez les emprunteurs
Le redressement est visible dans les chiffres. Selon la Banque de France, la production mensuelle de crédits à l’habitat (hors renégociations) a atteint 12,9 milliards d’euros en juin, soit une hausse de 46 % sur un an. Chez CAFPI, le nombre de dossiers traités a progressé de 40 % au premier semestre par rapport à 2024.
Les primo-accédants sont les premiers bénéficiaires de cette nouvelle donne. Leur apport moyen a reculé à 20 % (soit 57 864 €) contre 23 % un an plus tôt, tandis que les montants empruntés ont grimpé à 220 666 € en moyenne, sur une durée allongée à 282 mois. Le portrait-robot du primo-accédant en 2025 : 35 ans, en CDI (dans 73 % des cas), achetant dans l’ancien (87 % des dossiers).
 

Les secundo-accédants et les investisseurs locatifs profitent également de conditions assouplies. Le montant moyen emprunté par les secundo-accédants atteint 320 911 € au premier semestre, avec un apport moyen ramené à 23 %. Du côté des investisseurs, le prêt moyen s’élève à 168 360 €, avec un apport en baisse de 7 % sur un an.
 

La géographie joue aussi son rôle. Sans surprise, les montants empruntés sont les plus élevés en Île-de-France, autour de 250 000 €, tandis que le Sud-Ouest apparaît comme la région la plus accessible, avec un emprunt moyen de 145 140 € et un apport limité à 19 %.
 

Dans un marché où les prix immobiliers progressent timidement (+2 % sur un an selon la FNAIM), cette combinaison de taux stables, de revenus en hausse et de dispositifs publics comme le nouveau PTZ crée une fenêtre d’opportunité pour les acquéreurs. « Les conditions d’acquisition sont aujourd’hui très favorables et devraient le rester », conclut Caroline Arnould, qui n’exclut pas une nouvelle baisse des taux directeurs de la BCE au second semestre.

Source : Caroline Arnould (CAFPI), Banque de France, FNAIM.
 

L’Immobilier professionnel en Europe : une double récession maîtrisée

Après un premier ajustement lié à la remontée des taux, le marché immobilier européen subit en 2025 un nouveau choc provoqué par les tensions commerciales. Si les valeurs reculent à nouveau, les experts estiment que la phase actuelle relève plus d’une transition que d’une crise.

Après un premier ajustement lié à la remontée des taux, le marché immobilier européen subit en 2025 un nouveau choc provoqué par les tensions commerciales. Si les valeurs reculent à nouveau, les experts estiment que la phase actuelle relève plus d’une transition que d’une crise.

Des valeurs immobilières encore en repli
Réunis lors d’un webinaire de rentrée de l’IEIF le 4 septembre, les professionnels de l’investissement immobilier ont dressé un constat commun : le secteur traverse une deuxième phase de correction. « Nous vivons un double ajustement : monétaire, avec la fin des taux zéro en 2022, et commercial, avec la remise en cause du libre-échange par les tarifs douaniers américains », explique Pierre Schoeffler, Senior Advisor de l’IEIF.
 

Après avoir encaissé la remontée des taux entre 2022 et 2024, le marché immobilier fait face en 2025 à l’impact des tensions commerciales. Les volumes d’investissement ont reculé de 7 % au premier semestre, et le rebond esquissé début 2025 a rapidement avorté. Les prix des différents segments se sont de nouveau contractés au deuxième trimestre.
 

Pour autant, cette correction n’a pas l’ampleur de celle de 2023, où les écarts de rendement entre actifs performants et non performants avaient atteint 25 %. Aujourd’hui, la dislocation est contenue. Le danger se concentre surtout sur les bureaux, encore en difficulté dans la plupart des grandes métropoles européennes. En Allemagne, par exemple, les volumes investis dans l’immobilier ont chuté de 70 % par rapport à 2022.

Une recomposition des stratégies d’investissement
Face à ce contexte, les investisseurs réorientent leurs choix. « La diversification sectorielle devient essentielle pour combiner stratégies de croissance et de résilience », souligne Béatrice Guedj, directrice de la recherche et de l’innovation chez Swiss Life Asset Managers France. Les segments porteurs : la logistique, l’hôtellerie, le résidentiel et l’immobilier géré.
 

À l’inverse, les bureaux restent fragiles, notamment en périphérie, où les investisseurs se montrent très sélectifs. Mais de nouvelles opportunités émergent. Les data centers, dopés par l’essor de l’intelligence artificielle, captent des volumes d’investissement désormais comparables à ceux des bureaux aux États-Unis. En Europe, cette tendance commence à s’affirmer.
 

La géographie des marchés reste contrastée. L’Espagne et l’Italie bénéficient du dynamisme du résidentiel locatif (build-to-rent) et d’une croissance économique plus soutenue. L’Allemagne apparaît comme le maillon faible, tandis que la France se situe « à la croisée des chemins » : les mises en chantier sont tombées sous les 300 000 logements annuels, et le spread OAT/Bund, à 80 points de base, pèse sur les bureaux prime parisiens. Mais les arbitrages en faveur du résidentiel ou des segments alternatifs (logement abordable, hôtellerie) soutiennent l’activité.
 

Dans ce contexte, Pierre Schoeffler rappelle que les taux longs sont revenus à leurs niveaux d’avant la crise financière de 2008, ce qui limite les marges de manœuvre sur les actifs prime. Pour retrouver de la liquidité sur les bureaux parisiens, il faudra sans doute accepter des taux de capitalisation proches de 4,5 %.

Sources : Pierre Schoeffler (IEIF), Béatrice Guedj (Swiss Life Asset Managers France).
 

Le marché du travail US envoie un message clair à la Fed et aux investisseurs

Le rapport sur l’emploi américain d’août confirme le ralentissement de l’économie et ouvre la voie à une baisse de taux dès septembre. Mais la situation reste paradoxale, entre fragilisation du marché du travail et inflation toujours tenace.

Le rapport sur l’emploi américain d’août confirme le ralentissement de l’économie et ouvre la voie à une baisse de taux dès septembre. Mais la situation reste paradoxale, entre fragilisation du marché du travail et inflation toujours tenace.

Des chiffres de l’emploi en demi-teinte
Le mois d’août a apporté un nouveau coup de projecteur sur la fragilité de l’économie américaine. Selon Christian Scherrmann, économiste en chef pour les États-Unis chez DWS, les créations d’emplois non agricoles se sont limitées à 22 000 postes, contre 79 000 en juillet. Le ralentissement est manifeste, particulièrement dans le secteur de la production de biens, qui a perdu 25 000 emplois. Même les services – longtemps moteur de la croissance de l’emploi – marquent le pas, avec 63 000 postes créés contre 85 000 un mois plus tôt.
Cette dégradation se traduit par une remontée du taux de chômage, passé de 4,2 % à 4,3 %, soit son plus haut niveau depuis octobre 2021. Cela représente 148 000 chômeurs supplémentaires. Les tensions se diffusent désormais au-delà des secteurs directement exposés aux droits de douane, affectant aussi la santé, les services sociaux et l’éducation. « Le marché du travail s’éloigne de l’équilibre du plein emploi, ce qui accroît le risque d’une hausse plus rapide du chômage », avertit Scherrmann.
Pourtant, une lecture attentive révèle des paradoxes. En parallèle de ces chiffres moroses, les données globales de l’emploi font état de 288 000 personnes supplémentaires ayant trouvé un travail en août. Une divergence statistique qui brouille les signaux adressés à la Réserve fédérale (Fed).

La Fed entre inflation et ralentissement
À quelques jours de sa réunion du 17 septembre, la banque centrale américaine se retrouve face à une équation complexe. Les marchés estiment à 99 % la probabilité d’une baisse des taux directeurs de 25 points de base, selon les contrats à terme sur Fed Funds. Une deuxième réduction dès octobre est jugée probable à 55 %.
 

Pour Alexandre Baradez, responsable de l’analyse marchés chez IG France, la décision de la Fed dépendra largement du dernier rapport sur l’emploi. « Un mauvais rapport validerait définitivement une baisse de taux en septembre, mais renforcerait le sentiment d’un ralentissement économique. À l’inverse, un bon rapport ferait douter du rythme des ajustements monétaires alors que l’inflation reste proche de 3 % », explique-t-il.
Le Beige Book de la Fed, publié la semaine précédente, souligne déjà une stagnation, voire une baisse des dépenses de consommation. De nombreux ménages voient leurs salaires incapables de suivre la hausse des prix, particulièrement dans un contexte de tarifs douaniers qui renchérissent les intrants et la consommation. Le consensus attend désormais une progression des salaires limitée à 3,7 % sur un an (contre 3,9 % le mois précédent), un signe de modération mais aussi de perte de pouvoir d’achat.
 

La Fed doit donc arbitrer entre deux risques : celui d’un ralentissement trop marqué de l’économie et celui d’une inflation persistante. Une baisse de taux en septembre apparaît comme un compromis : soutenir l’activité sans envoyer de signal d’automatisme. Comme le rappelait récemment le président de la Fed de New York, « les marchés ont tiré leurs propres conclusions », mais l’institution reste attachée à une approche guidée par les données.

Sources : Christian Scherrmann (DWS), Alexandre Baradez (IG France), Federal Reserve (Beige Book).
 

Arrêts de travail : les anciens formulaires ne sont plus acceptés

Depuis le 1er juillet 2025, un nouveau formulaire papier d’arrêt maladie est devenu obligatoire. Conçu pour être « difficilement falsifiable et davantage sécurisé », il vise à lutter contre une fraude qui coûte des dizaines de millions d’euros chaque année à l’Assurance Maladie. Après une période de tolérance durant l’été, les anciens modèles sont désormais rejetés systématiquement depuis le 1er septembre.

Depuis le 1er juillet 2025, un nouveau formulaire papier d’arrêt maladie est devenu obligatoire. Conçu pour être « difficilement falsifiable et davantage sécurisé », il vise à lutter contre une fraude qui coûte des dizaines de millions d’euros chaque année à l’Assurance Maladie. Après une période de tolérance durant l’été, les anciens modèles sont désormais rejetés systématiquement depuis le 1er septembre.
 

Une fraude coûteuse dans le viseur de la Sécu
En 2024, les arrêts de travail frauduleux ont représenté un préjudice estimé à 30 millions d’euros pour l’Assurance Maladie. Dans un contexte budgétaire tendu, cette dérive n’est pas anodine. L’institution a donc choisi de renforcer ses dispositifs de contrôle en modifiant… le support lui-même.
 

Le nouveau formulaire, distribué aux médecins et établissements de santé depuis le printemps, se distingue par une conception renforcée : papier infalsifiable, codes de sécurité, traçabilité accrue. Selon l’Assurance Maladie, l’objectif est double : rendre les faux documents quasi impossibles à produire et sécuriser la chaîne de transmission des arrêts entre les praticiens, les patients et les employeurs.
 

Une période de transition avait été prévue pour laisser aux médecins le temps de commander et de s’équiper du nouveau modèle. Mais depuis le 1er septembre 2025, tout formulaire non conforme est refusé, et les arrêts établis sur d’anciens supports ne sont plus pris en charge.
 

Des conséquences pratiques pour les assurés et les médecins
Pour les patients, ce changement implique une vigilance accrue. Présenter un arrêt rédigé sur un ancien formulaire entraîne un refus automatique de l’Assurance Maladie : l’indemnisation journalière n’est alors pas versée, ce qui peut mettre en difficulté financière un salarié déjà en arrêt pour raison de santé. Les employeurs sont également impactés, car un arrêt non reconnu ne suspend pas officiellement le contrat de travail.
 

Du côté des professionnels de santé, l’Assurance Maladie a multiplié les messages de prévention cet été. Les médecins sont invités à vérifier leurs stocks et à ne délivrer que les nouveaux modèles. Dans les établissements hospitaliers, la transition a parfois été plus complexe, en raison des volumes d’impressions à renouveler. Mais la consigne est claire : aucune tolérance n’est accordée à partir de septembre.
 

À plus long terme, ce dispositif s’inscrit dans une stratégie de dématérialisation progressive des arrêts de travail. Aujourd’hui, près de 90 % des arrêts sont déjà transmis par voie électronique via le téléservice « Arrêt de travail en ligne », accessible aux praticiens. Le maintien du support papier ne concerne qu’une minorité de situations : praticiens non équipés, problèmes techniques ou patients ne disposant pas d’un employeur classique.
 

Cette réforme vise donc à réduire encore le champ des fraudes, en attendant une généralisation complète du numérique. Comme l’expliquait récemment un responsable de l’Assurance Maladie dans la presse spécialisée, « chaque arrêt papier falsifié, c’est une perte sèche pour la collectivité, mais aussi une injustice pour la majorité des assurés qui respectent les règles ».
 

Prix du gaz : un répit bienvenu pour les ménages en septembre

Après la flambée des abonnements au gaz et à l’électricité entrée en vigueur le 1er août, les foyers peuvent espérer un allègement de leurs factures. Si le prix de l’abonnement reste stable, le coût du kilowattheure recule en septembre, permettant une baisse d’environ 2 % sur la facture finale pour les particuliers chauffés au gaz.

Après la flambée des abonnements au gaz et à l’électricité entrée en vigueur le 1er août, les foyers peuvent espérer un allègement de leurs factures. Si le prix de l’abonnement reste stable, le coût du kilowattheure recule en septembre, permettant une baisse d’environ 2 % sur la facture finale pour les particuliers chauffés au gaz.
 

Un été marqué par la flambée des factures
Depuis la fin des tarifs réglementés du gaz en 2023, les prix de référence publiés par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) servent de boussole aux fournisseurs. En août, la hausse de la part fixe des abonnements avait frappé de plein fouet les consommateurs. Pour certains ménages, la facture mensuelle s’est envolée de 10 à 15 euros rien qu’à cause de cette composante fixe.
 

En septembre, la mécanique tarifaire se modifie. Si le prix repère de l’abonnement reste inchangé, le prix du kilowattheure (kWh) diminue légèrement, aussi bien pour les usages de cuisson et d’eau chaude que pour le chauffage. Résultat : une baisse d’environ 2 % sur la facture globale. Pour un foyer moyen consommant 14 000 kWh par an, cela représente une économie de l’ordre de 25 à 30 euros par an. Une bouffée d’oxygène bienvenue, même si elle reste modeste au regard des hausses accumulées.
 

Cette baisse intervient dans un contexte particulier. Après la crise énergétique déclenchée par la guerre en Ukraine, l’Europe a diversifié ses approvisionnements en gaz naturel liquéfié (GNL), importé notamment des États-Unis et du Qatar. Les prix sur le marché de gros européen, le TTF néerlandais, ont reculé ces dernières semaines grâce à des niveaux de stockage historiquement élevés (près de 90 % de remplissage dès août, selon Gas Infrastructure Europe).
 

Des baisses à relativiser dans un contexte instable
Pour autant, cette détente est fragile. Le prix du gaz reste hautement volatile et dépend de facteurs exogènes : tensions géopolitiques, conditions climatiques, équilibre offre-demande mondiale. Une vague de froid précoce en Europe ou une reprise de la demande asiatique de GNL pourrait rapidement inverser la tendance.
Par ailleurs, la baisse de septembre ne compense pas la hausse d’août sur la part fixe des abonnements. Pour les ménages chauffés exclusivement au gaz, la facture annuelle reste globalement supérieure à celle de l’an passé. Selon la CRE, le prix repère moyen pour le chauffage s’établit encore autour de 0,093 €/kWh TTC, contre 0,085 €/kWh il y a un an.
 

Autre point de vigilance : l’efficacité énergétique des logements. Un appartement récent et bien isolé consomme en moyenne 7 000 kWh par an, tandis qu’une maison ancienne mal isolée peut dépasser les 20 000 kWh. La baisse de 2 % n’a donc pas le même effet : pour certains, elle se traduira par une économie de quelques euros seulement sur la facture trimestrielle.
 

Enfin, les associations de consommateurs rappellent que la facture d’énergie est composée des éléments suivants :
• une part fixe (l’abonnement, déterminé par le fournisseur),
• une part variable (la consommation, exprimée en kWh),
• des taxes (dont la TICGN – taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel),
• et les coûts de transport et de distribution.
Comprendre cette mécanique permet de mieux anticiper l’évolution des montants à payer.
 

Un conseil : surveiller son offre et comparer régulièrement
Face à cette volatilité, les experts conseillent aux ménages de rester attentifs à leur contrat. Les offres de marché proposées par les fournisseurs peuvent varier sensiblement. Si le prix repère CRE donne une tendance, chaque fournisseur applique sa propre politique tarifaire. Résilier pour souscrire une nouvelle offre reste possible à tout moment, sans frais.
 

De plus, certains fournisseurs proposent des offres à prix fixe sur un an ou deux, permettant de lisser les hausses futures. Mais ce choix n’est pas toujours gagnant si les prix de gros poursuivent leur recul.
 

Enfin, la baisse de septembre constitue un rappel utile : les économies les plus durables ne viendront pas seulement des fluctuations de marché, mais aussi de la sobriété énergétique (thermostat réglé à 19 °C, réduction de la consommation d’eau chaude) et surtout de la rénovation énergétique des logements. Dans ce domaine, les aides publiques comme MaPrimeRénov’ ou les certificats d’économie d’énergie (CEE) peuvent financer une partie des travaux d’isolation ou le remplacement d’une chaudière.