La vérité sur les profits boursiers européens, démystifiée

Les entreprises européennes sont-elles vraiment à la traîne face aux américaines ? Derrière l’apparente faiblesse des bénéfices agrégés du Vieux Continent, les chiffres racontent une histoire bien plus nuancée.

Les entreprises européennes sont-elles vraiment à la traîne face aux américaines ? Derrière l’apparente faiblesse des bénéfices agrégés du Vieux Continent, les chiffres racontent une histoire bien plus nuancée.

Une question de méthode plus que de performance
On lit souvent que les profits des groupes européens déçoivent, comparés à ceux du S&P 500. En 2025, les bénéfices agrégés du Stoxx 600 sont attendus en baisse de 1,7 %, tandis que ceux des grandes entreprises américaines grimperaient de 7,3 %. Un écart qui semble accablant… sauf quand on change d’angle.
Car tout dépend de la manière dont on mesure la croissance des BPA (bénéfices par action). Moyenne pondérée selon la capitalisation boursière ? Moyenne simple ? Médiane ? La méthode choisie change tout, surtout quand quelques géants pèsent lourd dans l’indice.
 

Ainsi, si l’on considère des indices équipondérés, la croissance des bénéfices tourne autour de +4 % dans les deux zones. Et si l’on analyse les médianes, l’Europe surclasse même les États-Unis. La différence ne vient donc pas de la performance moyenne, mais de la concentration des profits. Les 10 premières capitalisations américaines tirent mécaniquement vers le haut l’ensemble du S&P 500.
« L’entreprise européenne médiane n’a pas de problème de profitabilité. Ce sont surtout les mégacaps américaines qui biaisent la comparaison », note François-Xavier Chauchat, économiste et membre du comité d’investissement chez Dorval AM.

Change, révisions, exposition : les vrais coupables
Faut-il pour autant minimiser les difficultés ? Pas totalement. Les révisions des analystes divergent fortement : aux États-Unis, elles restent globalement haussières, portées par la résilience économique ; en Europe, elles virent nettement au rouge. Un signe de fragilité conjoncturelle ? Peut-être, mais ce n’est pas toute l’histoire.
 

Le taux de change joue aussi un rôle important. La baisse du dollar face à l’euro impacte mécaniquement les groupes exportateurs européens, dont une large part du chiffre d’affaires est libellée en devise américaine. Selon Morgan Stanley, 47 % des grandes entreprises européennes bénéficient de l’euro fort, tandis que 39 % en souffrent — un rapport qui s’inverse si l’on pondère par la taille : les plus grandes valeurs (luxe, santé, énergie) sont les plus pénalisées.
 

Autre facteur : l’exposition internationale. Les entreprises européennes sont en moyenne plus tournées vers l’export que leurs homologues américaines ou asiatiques. Ce qui les rend plus sensibles aux mouvements de devises, mais aussi aux cycles mondiaux et aux chocs de demande.
 

Pour protéger leurs portefeuilles, les gérants optent de plus en plus pour une surpondération des valeurs domestiques, notamment dans la finance ou les infrastructures, qui profitent des baisses de taux de la BCE et des plans de relance allemands.
 

Il est trop simpliste de dire que l’Europe est à la traîne. C’est une illusion statistique, entretenue par les poids lourds du S&P 500 et les effets de change. L’investisseur avisé doit regarder au-delà des moyennes.
 

Cotisations sans retour : le fossé social oublié

Une part croissante des cotisations sociales versées par les salariés ne donne droit à aucune prestation en retour. Cette dissymétrie, longtemps ignorée, met en péril le consentement au système, selon l’Institut de la Protection Sociale (IPS).

Une part croissante des cotisations sociales versées par les salariés ne donne droit à aucune prestation en retour. Cette dissymétrie, longtemps ignorée, met en péril le consentement au système, selon l’Institut de la Protection Sociale (IPS).
 

Quand la cotisation devient taxe
Le principe fondateur de la Sécurité sociale repose sur une équation simple : cotiser donne droit à une protection – en santé, en retraite, en cas d’invalidité ou de chômage. Mais selon une étude inédite de l’IPS, cette promesse est de moins en moins tenue : près d’un tiers des cotisations salariales ne génèrent aujourd’hui aucun droit individuel.
 

Pour les hauts revenus, la situation est encore plus flagrante : au-delà de 47 100 € de salaire brut annuel, cette proportion grimpe à 53 %, voire 100 % pour les tranches supérieures. En clair, une partie importante des cotisations devient une taxe sociale implicite, sans contrepartie assurantielle.
 

Bruno Chrétien, président de l’IPS, alerte : « Cette évolution n’a jamais été assumée politiquement. Elle brouille la frontière entre assurance sociale et fiscalité, au risque de saper le consentement à l’effort contributif. »
La perte de lisibilité s’accompagne d’un sentiment d’injustice : les salariés du privé, surtout les cadres et dirigeants, apparaissent comme les financeurs majeurs d’un système dont ils ne retirent plus qu’une partie des bénéfices. Ce déséquilibre nourrit à la fois l’exaspération… et le contournement.
 

Une réforme systémique s’impose
Face à ce diagnostic, l’IPS appelle à une refonte du financement de la protection sociale, sur plusieurs axes :
• Clarifier la finalité des cotisations : distinguer les droits individualisables (retraite, prévoyance, arrêt de travail) des droits universels (famille, santé), qui devraient être financés via des prélèvements fiscaux explicites.
• Alléger le poids sur les salaires : pour réconcilier travail et compétitivité, il faut réduire la pression des charges sociales sur les employeurs et les actifs.
• Explorer de nouvelles assiettes de financement : parmi les pistes avancées, l’IPS évoque une TVA sociale étendue, une utilisation partielle des cotisations chômage (Unédic), ou encore une taxation des flux économiques (paiements, transactions, etc.).
La complexité actuelle – jusqu’à 14 leviers différents sur une fiche de paie, selon le type d’entreprise, le régime, les plafonds ou les seuils – est également dénoncée comme source de décrochage psychologique.
Selon l’IPS, deux risques menacent désormais :
• Une révolte fiscale larvée, où les travailleurs les plus exposés contestent la légitimité du système ;
• Un contournement progressif, avec le développement du travail non déclaré, des statuts hybrides ou de l’expatriation fiscale.
« Il ne s’agit pas de détruire la solidarité, mais de restaurer la confiance en redonnant du sens et de la lisibilité aux prélèvements sociaux », conclut Bruno Chrétien.
 

Le système de protection sociale français s’épuise à force de complexité, de flou et d’asymétrie. Pour le réformer durablement, il faudra nommer les choses, aligner les droits sur les efforts, et sortir d’une fiscalité déguisée qui menace la cohésion sociale.
 

TPE/PME : Les défis de l’épargne pour les dirigeants

Les dirigeants de très petites entreprises (TPE) traversent une période d’incertitude financière. Leur capacité d’épargne s’effrite, la confiance envers l’exécutif s’érode, et les risques de cessation d’activité atteignent des niveaux critiques. Le 80ᵉ baromètre Fiducial-IFOP dévoile une photographie préoccupante.

Les dirigeants de très petites entreprises (TPE) traversent une période d’incertitude financière. Leur capacité d’épargne s’effrite, la confiance envers l’exécutif s’érode, et les risques de cessation d’activité atteignent des niveaux critiques. Le 80ᵉ baromètre Fiducial-IFOP dévoile une photographie préoccupante.
 

Une épargne de précaution qui s’amenuise
L’épargne des patrons de TPE recule trimestre après trimestre. En moyenne, ces chefs d’entreprise ne disposent que de 42 600 € d’épargne, un montant très faible compte tenu des risques financiers qu’ils doivent affronter. Pire : 61 % d’entre eux ont moins de 25 000 € de côté, et seuls 17 % déclarent posséder plus de 50 000 €, contre 34 % en 2016.
 

Côté flux, la situation n’est guère plus rassurante : le montant moyen épargné chaque mois est tombé à 210 €. Pour 39 % des répondants, ce montant est même inférieur à 100 €. Une lente érosion, révélatrice de trésoreries personnelles fragilisées et d’un climat de précarité persistante, accentuée par l’inflation, les charges, et une conjoncture économique incertaine.
 

Dans le détail, ce sont les femmes dirigeantes et les patrons du secteur de l’hôtellerie qui affichent les plus faibles capacités d’épargne. À l’inverse, les dirigeants du secteur santé et action sociale ou les moins de 35 ans présentent une meilleure résilience budgétaire.
 

Les produits utilisés sont très classiques : le Livret A reste en tête (46 %), suivi de l’assurance vie (38 %) et du PER (32 %). Notons aussi que 74 % des femmes dirigeantes détiennent au moins un produit d’épargne, contre 66 % des hommes. Ce sont surtout les patrons du BTP ou de l’hôtellerie qui déclarent en avoir le moins.
 

Un climat de défiance généralisée… et une alerte sur les cessations d’activité
La fragilité de cette épargne s’inscrit dans un contexte de défiance vis-à-vis du pouvoir politique. Seuls 19 % des patrons interrogés déclarent faire confiance à l’exécutif, un chiffre en net recul (-7 points), proche du plus bas historique de fin 2024 (17 %).
 

Ce pessimisme s’accompagne d’une remontée du risque de dépôt de bilan : 38 % des TPE disent craindre de devoir cesser leur activité dans les mois à venir, un bond de +7 points par rapport au trimestre précédent. C’est l’un des niveaux les plus élevés observés depuis la crise de 2020.
 

Le climat des affaires reste morose, bien que l’optimisme sur leur propre activité remonte légèrement (51 %, +3 points). Certains secteurs s’en sortent mieux : industrie et services aux entreprises affichent un moral supérieur à la moyenne. En revanche, le BTP, les services aux particuliers et la santé/action sociale restent en retrait.
Sur le front de l’emploi, les intentions d’embauche sont en berne : seulement 8 % des dirigeants prévoient d’embaucher d’ici fin juin, le score le plus bas pour un deuxième trimestre depuis dix ans. Dans le même temps, 6 % déclarent avoir supprimé au moins un poste.
 

Les motivations d’épargne sont elles aussi révélatrices d’un repli défensif : 62 % des dirigeants épargnent avant tout pour préparer leur retraite, tandis que 33 % le font pour anticiper des dépenses exceptionnelles (travaux, santé, imprévus). La recherche de défiscalisation n’est plus prioritaire : 53 % y sont sensibles, mais 47 % préfèrent la sécurité, quitte à perdre en rendement.
 

Miser sur l’IA aujourd’hui, c’est investir dans l’intelligence de demain

Alors que les marchés technologiques connaissent une phase de repli, Franklin Templeton estime que l’essor de l’intelligence artificielle – en particulier l’IA générative et agentique – ouvre une fenêtre stratégique pour les investisseurs long terme. Retour sur les grandes leçons de l’histoire technologique et les opportunités à venir.

Alors que les marchés technologiques connaissent une phase de repli, Franklin Templeton estime que l’essor de l’intelligence artificielle – en particulier l’IA générative et agentique – ouvre une fenêtre stratégique pour les investisseurs long terme. Retour sur les grandes leçons de l’histoire technologique et les opportunités à venir.
 

L’ère de l’intelligence succède à celle du numérique
Le secteur technologique a démarré l’année 2025 dans une position paradoxale. Après une année 2024 explosive pour les valeurs IA, les premiers mois ont été marqués par une correction significative. Les investisseurs, devenus plus prudents, réévaluent les promesses de l’IA générative, notamment en raison de ses applications encore balbutiantes, de la complexité des modèles économiques et de la montée des tensions commerciales.
 

Mais pour Matthew Cioppa, CFA, vice-président et gérant de portefeuille chez Franklin Templeton, ce recul des valorisations n’est pas un signe de déclin, bien au contraire : « Nous considérons cette phase de repli comme une opportunité d’entrée avant le prochain cycle de croissance. L’innovation technologique ne faiblit pas, elle change juste de phase. »
 

Franklin Templeton identifie trois grands enseignements issus de décennies d’investissement dans la tech, valables aujourd’hui plus que jamais : la puissance de la croissance exponentielle, l’importance de la qualité des entreprises, et la nécessité de tenir ses convictions malgré la volatilité.
 

La croissance technologique ne se fait pas en ligne droite. Elle suit souvent une courbe en S : lente à l’adoption initiale, puis subitement exponentielle. Ce fut le cas du e-commerce dans les années 2000, puis du cloud computing dans les années 2010. Aujourd’hui, c’est l’intelligence artificielle générative qui semble suivre le même schéma. Les coûts baissent, l’accessibilité augmente, et les usages se multiplient.
 

IA agentique, entreprises de rupture et conviction long terme
Mais le plus prometteur reste à venir : l’IA agentique, prochaine étape de l’évolution. Ces systèmes seront capables d’agir de manière autonome, d’exécuter des tâches complexes sans intervention humaine. Dans la santé, la logistique ou les services à la personne, les bouleversements s’annoncent considérables.
 

Pour en tirer parti, encore faut-il savoir choisir les bons acteurs. « Les leaders à long terme sont souvent ceux qui allient vision, exécution et écosystème solide, rappelle Matthew Cioppa. Nous cherchons des entreprises avec des fondateurs visionnaires, un avantage concurrentiel défendable, et un marché potentiel massif. »
 

Dans cette optique, Franklin Templeton recommande de rester exposé aux grandes valeurs tech capables d’intégrer l’IA dans leurs services, tout en explorant les pépites émergentes dans les logiciels, les semi-conducteurs ou la robotique. Le tout avec une logique de capitalisation à long terme : rester investi sur la durée pour bénéficier pleinement de la vague technologique.
 

Enfin, la gestion du risque reste centrale. Le secteur tech est historiquement l’un des plus volatils : les corrections annuelles de plus de 10 % sont fréquentes. Mais les données de long terme montrent que manquer les quelques meilleures séances d’un cycle peut coûter très cher en performance. D’où la nécessité de maintenir son exposition malgré les turbulences, surtout lorsque les fondamentaux restent solides.
 

Immobilier : une reprise hésitante, mais déterminée

Selon le dernier sondage interne du réseau l’Adresse, le marché immobilier français montre des signes de reprise au 1er semestre 2025. Mais cette dynamique reste contrastée selon les régions, les typologies de biens et les profils d’acheteurs. Un marché en voie de rééquilibrage… à consolider.

Selon le dernier sondage interne du réseau l’Adresse, le marché immobilier français montre des signes de reprise au 1er semestre 2025. Mais cette dynamique reste contrastée selon les régions, les typologies de biens et les profils d’acheteurs. Un marché en voie de rééquilibrage… à consolider.
 

Hausse de la demande, retour des secundo-accédants
Entre le 20 et le 30 juin 2025, le réseau coopératif l’Adresse a interrogé ses 350 agences réparties sur le territoire pour dresser un état des lieux du marché à mi-année. Résultat : 65 % des agences constatent une reprise de l’activité, mais décrivent une dynamique en dent de scie. Si janvier et février ont connu un démarrage quasi-record, avril et mai ont été ralentis par les vacances scolaires, les ponts… et même la météo. Juin a permis de rattraper le tempo, notamment dans les zones littorales.
 

Côté transactions, la tendance est tangible : +15 % de compromis signés par rapport au premier semestre 2024. La clientèle est de retour, avec une prédominance notable des secundo-accédants (51 % des acquéreurs), qui avaient reporté leurs projets dans l’attente d’un marché plus stable. Les primo-accédants profitent quant à eux de taux désormais stabilisés autour de 3 %, ce qui redonne de la solvabilité. En revanche, les investisseurs restent globalement en retrait.
 

« Les acheteurs réalisent que le contexte est en train de se normaliser. Les taux ne bougent plus, les prix se stabilisent, les vendeurs sont plus à l’écoute. Ils ont compris qu’attendre ne sert plus à rien », résume Brice Cardi, président de l’Adresse. Autrement dit : un équilibre nouveau est en train de se dessiner.
 

Des prix qui cessent de baisser… mais peinent à remonter
Contrairement à certaines communications optimistes du secteur, l’étude ne montre pas de flambée des prix. Seules 7 % des agences déclarent une hausse sur un an, localisée dans les zones tendues (littoraux, grandes métropoles avec offre restreinte). En revanche, 48 % constatent encore des baisses, parfois importantes sur les biens énergivores, avec travaux ou en vente depuis plus de six mois. Le cœur du marché, lui, se stabilise : 67 % des agences observent des prix inchangés sur les six derniers mois.
 

Ce sont les biens bien notés au DPE, bien situés et sans défauts majeurs qui tirent leur épingle du jeu. Les vendeurs qui acceptent les recommandations d’estimation vendent plus vite et sans négociation, souligne le réseau. À l’inverse, les biens trop chers ou mal calibrés peinent à trouver preneur.
 

Les perspectives pour le second semestre restent globalement positives. 70 % des agences prévoient un marché équivalent à celui du premier semestre, 17 % un marché plus dynamique, et moins de 15 % anticipent un ralentissement. La stabilisation des taux, la reprise de MaPrimeRénov’ à la mi-septembre et la poursuite de la stratégie offensive des banques pour conquérir de nouveaux clients (notamment via des prêts bonifiés) devraient entretenir la dynamique.
 

Source : Réseau immobilier l’Adresse – Sondage interne, juillet 2025

 

Quand le crédit faiblit, la pierre devient fluide

Selon le baromètre T2 2025 de PraxiFinance, 81 % des demandes de financement immobilier non bancaires sont d’abord refusées par les établissements classiques. Seniors, héritiers, indépendants ou dirigeants en tension : une France qui possède, mais que le système ne finance plus, se tourne vers la monétisation patrimoniale.

Selon le baromètre T2 2025 de PraxiFinance, 81 % des demandes de financement immobilier non bancaires sont d’abord refusées par les établissements classiques. Seniors, héritiers, indépendants ou dirigeants en tension : une France qui possède, mais que le système ne finance plus, se tourne vers la monétisation patrimoniale.
 

Le crédit traditionnel exclut les profils « hors-norme »
Ils veulent adapter leur logement pour y vieillir, aider un enfant à acheter, solder une dette fiscale ou racheter une soulte familiale. Leur patrimoine est souvent important, leur solvabilité n’est pas en cause… mais ils se heurtent à un refus bancaire net. Dans 81 % des cas recensés au T2 2025, selon le baromètre PraxiFinance, ces Français n’ont pas accès au crédit, non par défaut de ressources, mais parce que leur besoin ne rentre pas dans les cases : pas d’achat, pas de travaux, pas de consommation.
 

Le phénomène touche toutes les générations : retraités propriétaires, entrepreneurs sous pression, familles confrontées à une succession bloquée, indépendants avec un bon bilan mais des revenus irréguliers. Parmi les exemples analysés : un retraité propriétaire à Biarritz souhaitant aider sa fille divorcée ; un dirigeant du BTP sauvant sa société d’une liquidation ; ou encore un héritier incapable de financer une soulte successorale. Dans tous ces cas, le prêt a été refusé… avant d’être finalement obtenu par un autre canal.
 

La situation devient d’autant plus critique que les délais bancaires s’allongent : 51 jours en moyenne pour traiter un dossier, soit 8 jours de plus qu’au trimestre précédent, et souvent trop tard pour répondre à des échéances urgentes (contrôle fiscal, clôture de succession, procédure judiciaire). Même les emprunteurs bien dotés, avec des biens estimés en moyenne à 500 000 €, se retrouvent hors-jeu.
 

La monétisation patrimoniale devient un marché à part entière
Face à cette exclusion silencieuse, la monétisation du patrimoine immobilier s’impose comme une alternative désormais structurée. Au T2 2025, 3 117 demandes ont été traitées par PraxiFinance, dont 91 % ont abouti à une solution concrète. Trois outils principaux se dégagent :
• Le crédit hypothécaire de trésorerie (65 % des cas), qui permet de mobiliser jusqu’à 60 % de la valeur d’un bien sans vente ni assurance, via un prêt in fine ou amortissable. Il convient aux profils classiques… que la banque refuse : dirigeants, retraités, héritiers.
• La vente avec faculté de rachat (23 %), utilisée dans les cas les plus urgents : saisies, dettes fiscales, fichage Banque de France. Elle permet de céder temporairement son bien, avec la possibilité de le racheter plus tard.
• La vente avec complément de prix (9 %), solution transitoire utile en cas de bien difficile à vendre ou pour avancer des fonds avant une vente définitive.
 

Le baromètre révèle une hausse de 47 % des opérations en réméré par rapport au trimestre précédent, signe que la demande se tend et que les besoins deviennent plus pressants. Fait marquant : la valeur moyenne des biens mobilisés progresse fortement (500 000 € contre 400 000 € au T1), preuve que la monétisation patrimoniale ne concerne plus uniquement les profils modestes, mais aussi des propriétaires aisés exclus du crédit classique.
Pour Brice Alzon, fondateur de PraxiFinance, « ces demandes ne sont ni extravagantes ni marginales. Ce sont des besoins légitimes, humains, urgents. Ce que les banques ne financent plus, il faut l’assumer autrement. »
 

L’énigme de l’immobilier français : surabondance de logements, manque d’habitants.

Selon une vaste étude de l’Insee, un quart des résidences principales françaises disposent de trois pièces de plus que nécessaire. Un phénomène structurel lié à l’âge, à la propriété, et à la sédentarité résidentielle, qui remet en question les politiques de logement dans un marché toujours tendu.

Selon une vaste étude de l’Insee, un quart des résidences principales françaises disposent de trois pièces de plus que nécessaire. Un phénomène structurel lié à l’âge, à la propriété, et à la sédentarité résidentielle, qui remet en question les politiques de logement dans un marché toujours tendu.
 

Une France de maisons vides… mais pas abandonnées
Le chiffre a de quoi surprendre : 7,6 millions de logements en France sont considérés comme en « sous-occupation très accentuée », c’est-à-dire disposant d’au moins trois pièces de plus que nécessaire au regard de leur nombre d’habitants. Dans 93 % des cas, il s’agit de maisons individuelles, souvent anciennes, de plus de 100 m², occupées par une ou deux personnes, généralement des couples âgés ou des veufs/veuves restés dans la maison familiale après le départ des enfants.
 

Les occupants ? À 60 % des personnes de plus de 60 ans, majoritairement propriétaires depuis longtemps. Le logement devenu « trop grand » est souvent un héritage de la vie passée, rarement perçu comme une contrainte. D’ailleurs, seuls 9 % des habitants de ces logements disent vouloir déménager, contre 27 % dans l’ensemble de la population.
 

Les zones les plus touchées ? Les régions rurales et l’ouest du pays. La Bretagne est en tête, avec 36 % de logements concernés, suivie par les Pays de la Loire et la Bourgogne-Franche-Comté. À l’inverse, les zones urbaines denses et chères comme l’Île-de-France ou PACA sont beaucoup moins exposées, tout comme les DOM. Paris fait figure d’exception : peu de sous-occupation… mais en volume, cela représente tout de même 56 000 logements, souvent des appartements de plus de trois pièces occupés seuls.
 

Un facteur bloquant pour le marché… difficile à actionner
Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il s’accentue. En 2006, 22 % des logements étaient en sous-occupation sévère. En 2022, ce taux est passé à 25 %, et pourrait continuer de croître avec le vieillissement démographique. Selon les projections de l’Insee, les 60-85 ans représenteront 27 % de la population en 2040, contre 24 % en 2022. 

 

Une tendance de fond qui fige une part croissante du parc résidentiel.
La mobilité résidentielle de ces ménages est faible. D’une part par attachement affectif, d’autre part par manque de solutions de relogement adaptées à proximité. Et surtout parce que ces surfaces « en trop » servent encore : pour héberger les enfants ponctuellement, les petits-enfants pendant les vacances, ou pour générer un revenu locatif temporaire. La perception d’un « trop grand logement » n’est donc pas universelle.
 

Face à cette réalité, les politiques publiques sont en difficulté : difficile de convaincre les seniors de déménager, ou de taxer la sous-occupation sans heurter un électorat largement propriétaire. Des formes alternatives d’habitat partagé (colocations intergénérationnelles, appartements évolutifs, bail solidaire senior) émergent, mais restent marginaux. L’enjeu est pourtant stratégique : dans un marché sous tension, libérer du foncier déjà bâti est une voie aussi cruciale que la construction neuve.
 

Source : Insee, étude « Une pièce de trop ? », juillet 2025
 

Argent au quotidien : L’addition invisible des pièces rouges

La suppression des pièces de 1 et 2 centimes semble anodine, mais pourrait provoquer une inflation silencieuse, particulièrement pénalisante pour les foyers modestes. Derrière leur coût de fabrication excessif se cache une vraie question de justice sociale et budgétaire.

La suppression des pièces de 1 et 2 centimes semble anodine, mais pourrait provoquer une inflation silencieuse, particulièrement pénalisante pour les foyers modestes. Derrière leur coût de fabrication excessif se cache une vraie question de justice sociale et budgétaire.
 

Faut-il mettre fin à la frappe des pièces de 1 et 2 centimes d’euro ? Le débat, relancé par plusieurs parlementaires et par la Commission européenne, revient régulièrement depuis dix ans. Car ces minuscules unités monétaires ont un coût disproportionné : 1,65 centime pour en produire une seule de 1 centime, selon la Monnaie de Paris. Au total, leur maintien coûte plus d’un milliard d’euros à l’État et à la société depuis leur introduction en 2002. Mais au-delà du coût de production, leur suppression entraînerait un changement profond des pratiques de paiement, avec des conséquences parfois sous-estimées pour les ménages.

Une micro-pièce, une macro-facture pour l’État
Fabriquer ces pièces est devenu anti-économique. La pièce de 2 centimes coûte en moyenne 1,94 centime à produire, soit près du double de sa valeur faciale. En France, la Banque de France et la Monnaie de Paris ont dû gérer un stock cumulé de plusieurs dizaines de milliards de pièces rouges. À l’échelle de la zone euro, elles représentent près de 50 % du volume total de pièces en circulation, selon la BCE.
 

Ces pièces circulent mal : une part importante reste stockée dans les tiroirs, les bocaux, ou les cagnottes d’appoint. Leur utilisation décroît à mesure que les paiements se dématérialisent, mais leur coût logistique – stockage, comptage, transport, sécurisation – demeure significatif. Le coût sociétal annuel de leur maintien est évalué à plusieurs centaines de millions d’euros par an en Europe.

L’inflation silencieuse de l’arrondi supérieur
Supprimer ces pièces impliquerait la généralisation de l’arrondi au multiple de 5 centimes pour tous les paiements en espèces. Sur le papier, l’impact est neutre : on arrondit au-dessus ou en dessous. Mais les données des pays ayant franchi le pas (Belgique, Irlande, Finlande) révèlent un biais vers l’arrondi supérieur dans 60 à 70 % des cas.
 

Une simulation française réalisée sur 100 paiements en espèces (alimentation, presse, petits commerces) à 7,80 € en moyenne montre un surcoût moyen de 2,1 centimes par transaction, soit 2,08 € par mois pour un foyer utilisant essentiellement du liquide. À l’année, cela représente près de 25 € de pouvoir d’achat en moins, en particulier pour les 3,5 millions de foyers modestes ou âgés dépendants du cash. À l’échelle nationale, l’impact global dépasserait les 100 millions d’euros d’inflation silencieuse.

Des alternatives à la suppression brute
Face à ces effets secondaires, plusieurs pistes alternatives sont évoquées. L’Espagne, par exemple, a changé la composition métallique de ses pièces pour en réduire le coût. D’autres pays envisagent un gel progressif de la production, sans suppression brutale.
 

Enfin, certains plaident pour le maintien des pièces pour leurs fonctions sociales : éducation financière (utilisées pour l’apprentissage à l’école), dons spontanés (pièces jetées dans les boîtes à dons ou troncs), ou attachement culturel. En France, selon une étude de la Commission européenne, seuls 51 % des Français sont favorables à leur suppression, contre 72 % des Européens en moyenne.
 

Le sujet divise, mais il mérite mieux qu’un débat symbolique : c’est bien de justice monétaire et de transparence budgétaire qu’il est question.
 

Bourse : des vents porteurs… mais un risque de change à surveiller

Entre détente monétaire mondiale, rachats d’actions record et résilience des entreprises, les marchés actions évoluent dans un environnement favorable. Mais l’envolée de l’euro face au dollar pourrait rebattre les cartes dans les mois à venir.

Entre détente monétaire mondiale, rachats d’actions record et résilience des entreprises, les marchés actions évoluent dans un environnement favorable. Mais l’envolée de l’euro face au dollar pourrait rebattre les cartes dans les mois à venir.

 

Des marchés dopés à la liquidité… pour l’instant
La scène boursière mondiale respire. Depuis le début de l’année 2025, 64 baisses de taux ont été recensées dans le monde, un record depuis la pandémie. De la Banque centrale européenne (quatre baisses consécutives) à la Banque du Canada, en passant par la Banque d’Angleterre et la BNS, les banques centrales ont desserré les boulons. Objectif : accompagner le ralentissement de l’inflation sans casser la croissance. Résultat : la liquidité abonde, et avec elle, une vague de soutien aux actifs risqués.
 

Ce mouvement coïncide avec un autre phénomène haussier : les rachats d’actions atteignent des sommets à Wall Street, dynamisant mécaniquement les cours des grandes capitalisations américaines. Par ailleurs, les entreprises font preuve d’une résilience remarquable face aux tensions commerciales ou à la remontée des coûts d’approvisionnement. “On est loin du scénario noir évoqué en avril dernier lors du ‘Jour de la Libération’ post-élections européennes”, note Christopher Dembik, conseiller stratégique chez Pictet Asset Management.
 

La dynamique est d’autant plus soutenue que les perspectives politiques américaines semblent se stabiliser. Dembik s’attend à ce que l’administration Trump modère ses positions à l’approche des élections de mi-mandat, soucieuse de ne pas heurter une classe moyenne massivement exposée aux actions : 49 % des actifs des ménages américains sont en bourse, contre seulement 10 % en France.

 

Le retour du risque de change
Mais tout n’est pas si simple. Derrière l’euphorie des indices se cache un signal d’alerte majeur : la remontée brutale de l’euro face au dollar. Depuis janvier, la paire EUR/USD a gagné +13 %, un mouvement rare sur une si courte période. Et ce n’est pas fini : les banques d’investissement tablent sur un euro à 1,23 d’ici fin 2025, et 1,30 en 2026 — un niveau plus atteint depuis 2014.
 

Cette appréciation, si elle se confirme, pourrait lourdement pénaliser les performances des portefeuilles européens exposés aux actifs libellés en dollars. Dembik insiste sur un indicateur peu commenté mais crucial : la volatilité implicite sur l’EUR/USD, calculée à partir des contrats à terme à 3 et 6 mois. Elle est aujourd’hui anormalement élevée, traduisant des anticipations de mouvements violents à venir. “Le risque de change, longtemps sous-estimé, revient au premier plan”, alerte-t-il.
 

Dans ce contexte, les investisseurs devront surveiller de près la composition en devises de leurs portefeuilles, et envisager des couvertures adaptées. Les grandes multinationales européennes exportatrices, notamment dans le luxe ou l’aéronautique, pourraient voir leurs marges rognées si l’euro reste fort. À l’inverse, certaines valeurs domestiques, moins sensibles au change, pourraient tirer leur épingle du jeu.
 

Finances personnelles : Un panorama inédit des richesses financières

Créé par la loi Industrie verte de 2023, l’OPEF publie en ce mois de juillet 2025 un document inédit et attendu : un panorama objectif, chiffré et pédagogique des produits d’épargne financière accessibles aux particuliers.

Créé par la loi Industrie verte de 2023, l’OPEF publie en ce mois de juillet 2025 un document inédit et attendu : un panorama objectif, chiffré et pédagogique des produits d’épargne financière accessibles aux particuliers. 

 

Il couvre un périmètre large — assurance vie, PER individuel, comptes-titres, PEA, PEA-PME — représentant un encours cumulé de 2 048 milliards d’euros fin 2023, soit environ un tiers du patrimoine financier des ménages français. Les produits d’épargne collective d’entreprise et l’épargne réglementée (Livret A, PEL) restent en dehors du champ, mais pèsent eux plus de 4 100 milliards d’euros.
 

La méthode repose sur une compilation rigoureuse de données issues de la Banque de France, du ministère de l’Économie et des autorités de contrôle (AMF, ACPR), encadrée par le Comité consultatif du secteur financier (CCSF). Autour de la table : banques, assureurs, associations d’épargnants et régulateurs, réunis pour produire une analyse non commerciale, ni orientée vers un produit ou une stratégie, mais destinée à fournir un socle commun d’information aux épargnants.
Premier constat : les frais prélevés varient fortement selon le produit, la durée de détention et la stratégie choisie. Or, ces frais impactent directement la performance nette et doivent être analysés à l’aune de l’inflation. C’est l’un des principaux messages du rapport : l’épargnant doit juger la rentabilité réelle, et pas uniquement nominale, de ses investissements.

Actions, obligations, gestion passive : des écarts à décoder
L’étude compare les rendements nets réels des différentes classes d’actifs : actions, obligations, monétaires, fonds diversifiés, mais aussi leur localisation géographique (France, Europe, États-Unis). Résultat : les performances peuvent diverger du simple au triple selon l’allocation choisie. Le rapport souligne donc le rôle crucial du choix d’exposition géographique et sectorielle dans la performance globale d’un portefeuille.
 

Sans surprise, les actions affichent la meilleure performance sur longue durée, malgré une volatilité intrinsèque plus élevée. À l’inverse, les produits monétaires ou obligataires sont plus stables, mais souvent moins rémunérateurs à horizon long. La diversification entre classes d’actifs, combinée à un horizon d’investissement long, est fortement recommandée pour atténuer les risques et capter les cycles favorables.
 

Sur le plan des styles de gestion, l’OPEF met en perspective la gestion active, qui repose sur la sélection de titres ou de fonds par des professionnels, et la gestion indicielle, qui réplique passivement un indice de marché. Conclusion : la gestion passive tend à offrir de meilleures performances nettes moyennes sur les actions, mais certains fonds actifs parviennent à surperformer, notamment en obligations ou monétaire. Le rapport plaide pour une complémentarité intelligente entre les deux approches, selon les objectifs et la sensibilité au risque de l’épargnant.
 

Au-delà des chiffres, ce rapport s’inscrit dans une logique européenne de « value for money » et de meilleure transparence. Il vise à responsabiliser les épargnants face à leurs choix, et à renforcer la confiance dans les produits d’investissement de long terme. Le ministre de l’Économie, Éric Lombard, résume l’enjeu : « Une épargne bien informée, c’est la garantie de la faire fructifier tout en finançant l’économie réelle. »